‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 129 sur 178 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

nure satisfaisante, son humilité semblait grandir en proportion. Il était tout à fait étonné, et aussi confus que reconnaissant, que le Seigneur l'eût choisi. Il disait que Dieu l'avait appelé, pour faire voir qu'en cette affaire l'homme n'était rien, nul ne convenant moins que lui pour la chose. Et étendant cette considération de son manque de vertu aux autres qualités dont il manquait, il ajoutait avec un sourire : « Ainsi moi qui suis militaire, Dieu me fait négo- « ciant. » Il disait encore à un ami, et cette parole est à remarquer : « Pour être un bon instrument, a il faut être un bâton, un bâton sans racines ; je le a demande à Dieu chaque jour. »

Son Ëminence le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon , anima le courage du saint homme par une lettre qui exprimait la plus vive sympathie pour cette œuvre. Il finissait ainsi : « Vous « me trouverez toujours disposé à vous appuyer « par tous les moyens qui seront eu mon pouce voir. » Fort de cette approbation, Marceau convoqua deux réunions, une d'hommes, l'autre de dames. La seconde, qui se tint dans les salons de l'archevêché, était présidée, en l'absence du cardinal, par le supérieur de la Société de Marie. Nous n'avons pas à reproduire l'allocution que celui-ci prononça et qu'il termina par ces mots : « Pour nous , nous ne pouvons offrir aux pauvres « insulaires de l'Océanie que le sacrifice de nos « p;rent-, de nos amis, de notre patrie, nos

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« sueurs, notre sang, notre vie; c'est là tout ce que <( nous pouvons donner. C'est à vous, Mesdames, « de faire le reste. »

Marceau, qui le matin avait supplié la sainte Vierge de bénir cette séance, prit alors la parole. Il parla avec modestie, mais avec force , et parut comme un apôtre. Son éloquence évangélique pénétra les cœurs. Il énonça et développa la sentence de Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Malheur « aux riches ! » Cette maxime dans la bouche d'un homme qui venait de reculer devant les avantages de la terre, était bien placée ; les impressions qu'elle fit furent profondes. Hâtons-nous d'ajouter, à cause des erreurs du temps, qu'il émit cette proposition du Sauveur non avec la haine jalouse ou cruelle de l'homme irréligieux qui crie contre les riches parce qu'il veut les dépouiller, mais avec la charité de Jésus qui les avertit parce qu'il veut les sauver. Le Seigneur qui a dit : Il est difficile aux riches d'entrer dans le royaume des cieux, a dit : Les voleurs et les envieux n'y entreront pas.

Voici la méthode que suivait Marceau dans ces réunions : après avoir montré le but de l'œuvre, il exposait le côté humain de l'affaire , c'est-àdire les moyens conseillés par la prudence humaine et avoués par la raison seule qu'on comptait employer pour sa réussite, sans toutefois les garantir; puis exposant le côté divin, il cherchait

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