LIVRE III. - CHAPITRE I
« ne crains pas de le dire, dussent les catholiques « entretenir par des dons annuels les bâtiments « nécessaires aux missions de l'Océanie, ils ne « pourraient pas se dispenser de les armer. »
Une autre fois il s'exprimait ainsi : « Quel que « soit l'avenir commercial réservé à ces contrées, « qu'il soit brillant ou médiocre, que l'on y voie « un jour des flottes nombreuses ou quelques « rares bâtiments seulement, n'est-il pas impor- « tant que ce soit par les catholiques que s'éta- « blissent les premières relations? Et enfin, les « catholiques ne se décideraient-ils à aller au se- « cours de leurs frères, que lorsque l'exemple « des enfants du siècle leur aura appris , qu'outre « les biens éternels qu'ils pourraient aujourd'hui « partager avec les missionnaires , ils peuvent y « rencontrer des richesses périssables? »
Après avoir exposé le plan d'opération que la Société de l'Océanie se proposait de mettre à exécution, il disait : « Qu'on ne suppose point qu'en par- « lant ainsi de ce projet, je cherche à séduire les « esprits par la perspective d'un gain, sinon as- « sure, au moins probable! quelles que soient mes « pensées à ce sujet, ce n'est point par l'appât des « bénéfices que je compte engager les catholiques a à s'associer à une entreprise que réclament les <( intérêts de la religion; mais en soumettant ce a plan, je veux seulement montrer qu'au point de « vue purement commercial, le projet de la So-
« ciété de l'Océanie ne paraît pas être sans fonce dément. Ce n'est donc pas une imprudence d'y « engager les fonds du bon Dieu, pour lesquels on « doit toujours se montrer exigeant, puisqu'il en « a si peu h sa disposition , lui à qui pourtant ap- « partiennent toutes les richesses de la terre , a dont nous ne sommes que les dépositaires ; « avec la liberté , funeste, hélas ! à un grand nom- « bre, de régler la part que nous lui destinons, « et celle que nous nous réservons pour nos be- « soins. » Quelle foi dans ces dernières phrases!
Ailleurs, après avoir exposé les grandes espérances religieuses qu'il conçoit, parce que le cardinal-archevêque de Lyon et d'autres personnages éminentsont dit que cette œuvre était inspirée de Dieu, il écrivait : « Attribuer des effets « semblables à une si petite cause, quelle folie! « diront les sages ; n'en eussent-ils pas dit autant, « si, il y a quelques années, on leur eût fait voir « dans la réunion de quelques jeunes gens, sous « l'invocation de saint Vincent de Paul, le prince cipe de tout le bien réalisé depuis lors par la « société dont cette réunion a été le commence- « ment? Qu'importe la grosseur de la graine que « l'on sème, et la faiblesse de la main chargée « de l'arroser? N'est-ce pas Dieu qui lui fait por- « ter des fruits?»
Le désintéressement apostolique de Marceau lui fit trouver une objection que beaucoup ne soup-
confieraient pas ; et il la réfuta sérieusement dans un écrit que nous avons sous les yeux. Il craignait que la perspective d'un gain que pourraient faire les actionnaires, n'arrêtât les personnes pieuses, et ne les empêchât de souscrire. Il leur cite donc l'exemple de sept archevêques et de six évêques, que cet obstacle n'a pas retenus, et leur indique différents moyens d'échapper à tout bénéfice, notamment en abandonnant les intérêts de Faction souscrite à l'œuvre de la Propagation de la foi.
D'éminents officiers nous ont engagé vivement à conserver ces citations, quoique un peu longues et nous avons cru nous-même ne pouvoir ravir une matière si intéressante à l'édification. L'âme de Marceau y paraît tout entière, avec ce dévouement sans bornes, cette profonde humilité, cette foi vive, cette confiance inaltérable en Dieu, cette charité brûlante qui le distinguaient.
Nous terminons ces extraits par les lignes qui concluaient un rapport qu'il imprima : « C'est par « l'espoir de trouver des coopéraleurs que j'ai pu o me décider à publier et à répandre celte note. « Ce n'est point certes que je compte sur mon « habileté à présenter nos projets, pour les faire « goûter; mais cette note, avec tous ses défauts, « peut, entre les mains de Dieu, devenir un ins- « trument suffisant pour toucher quelques cœurs « généreux, et exciter la sympathie pour une
« œuvre de laquelle semble aujourd'hui dépendre « le sort de tant d'âmes. C'est surtout à ceux qui, « comme moi, ont eu le bonheur ineffable d'être « retirés de l'abîme de l'incrédulité , que je m'a- « dresse pour réclamer leur concours; c'est à « ceux qui, comme moi, ont à acquitter une k dette de reconnaissance à laquelle ne saurait « suffire le sacrifice de leur vie, que je m'adresse « pour leur demander de travailler avec ardeur à « réaliser une œuvre qui doit sauver des milliers « d'âmes , pour lesquelles le Fils de Dieu a donné « sa vie sur la croix, et qui seront perdues pour « l'éternité, si nous ne volons à leur secours. »
Rendant compte de cette circonstance de la vie de Marceau, le Père Delfour, de la Compagnie de Jésus, écrivait : « Je l'accompagnai, lorsqu'il u convoqua l'élite de la population lyonnaise, pour >c expliquer et développer son plan. Il ne parla « pas sans succès. On peut dire que dans cette >c assemblée furent posées les premières et les plus a solides bases de la Société de VOcèanie. »
Ceux qui se sont fait du zèle une idée fausse , pourraient peut-être croire, en lisant ces pages, que Marceau était un de ces hommes à imagination, toujours en effervescence, qui remplissent les airs du bruit de leurs bonnes œuvres, ou sont commedes volcans en travail qui vomissent sans cesse feu et flammes, non sans jeter beaucoup de fumée. Sa charité, il est vrai, était ardente;