‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 133 sur 178 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

sommes presque tous, dit-on, aujourd'hui dans notre siècle d'agitation, c'est qu'au milieu de tous ses embarras il était toujours gracieux. Quelque occupé qu'il fût, Marceau accueillait môme les indiscrets comme un homme qui n'aurait rien eu à faire, laissant tout quand il était mandé au parloir, conservant cette douce sérénité qui vous assurait que vous ne l'aviez pas dérangé en lui dérobant un temps destiné à tout autre chose, ne se plaignant jamais. Et cependant il arrivait aux frères coadjuteurs des oublis involontaires qui devaient être sensibles à l'ardent officier, et qui l'obligeaient à des courses ensuite pénibles.

Il était fâché qu'on donnât à la Société dont il étaitle représentant, le nom de Société Française del'Océanie; il eût voulu qu'on l'appelât et qu'elle fût, dans l'acception la plus étendue du mot : Catholique/ Car il se considérait, par sa nouvelle vocation, comme en dehors des laïques et investi d'une espèce de sacerdoce, et il eût pu dire, suivant l'expression de saint Paul appliquée à notre temps : Je ne suis ni Français ni Anglais, je suis de Jésus-Christ. Il écrivit donc en ce sens au zélé négociant du Havre. Celui-ci rencontra, il paraît, dans la manière de voir de quelques-uns de ses coopérateurs, un obstacle à la réalisation de ce désir. Marceau dit encore : « Que la volonté de « Dieu soit faite! ce que je propose, ajoutait-il, «paraît être un plus grand bien; mais Dieu ne

26i VIE DE MARCEAU.

« veut pa» toujours ce gui est mieux (1 ). Suivons la

« Providence. »

Un chef saint-simonien, voyant comme l'œuvre marchait lentement, offrit ses services à Marceau et lui dit qu'il voulait prouver qu'il y avait encore plus de zèle dans sa secte pour la propagation des lumières que dans le catholicisme. Il prit une action. Marceau ne refusa pas cette offre, mais il lui dit : « Mon cher, quand on travaille pour l'Évangile, « on ne s'appuie pas sur quelque chose d'humain; « ce qui vous étonne, c'est ce qui me rassure; car « l'Évangile nous enseigne que les croix, les con- « tradictions sont un des caractères de l'œuvre de « Dieu; ainsi vous voyez que les objections que « vous faites contre ma foi, sont ce qui lui sert « de fondement. L'Évangile a fait ses preuves. « Voilà dix-huit cents ans qu'il procède de même. « Dieu se sert de ce qui n'est pas, pour confondre « ce qui est fort, et il emploie le rien pour faire le « tout. » Ces paroles ne semblent-elles pas rappeler cet officier romain dont Jésus-Christ disait : « Je n'ai pas trouvé tant de foi dans Israël. »

Cependant Marceau désirant se lier de plus en plus au nom de Marie, pour y puiser une nouvelle force et une plus vive confiance, sollicita instamment et obtint d'être en communion spéciale de prières et de bonnes œuvres avec la Société reli-

(1) Saint Vincent de Paul disait: «Quelquefois le mieux est ennemi du bien. » C'est le sens de la proposition de Marceau.

Page 1