LIVRE III. — CHAPITRE I
Christ lui-même, Rome l'appelait par une pente irrésistible. En vain, lui adressa-t-on du Havre des observations, Marceau dit : « Je ne puis partir « sans avoir reçu la bénédiction du successeur de « saint Pierre, du représentant de Jésus-Christ, « sans avoir soumis à saint Pierre ce que nous « avons envie de faire pour le bien de l'Église. » Peu avant de quitter Lyon, il pria avec humilité un ami de vouloir bien lui faire observer les défauts qu'il avait remarqués en sa personne, pendant son séjour dans cette ville. Celui-ci lui ayant dit quelques paroles flatteuses, Marceau se rembrunit : « Mon Père, pensez-vous, reprit-il avec a énergie, que si j'avais voulu des compliments, je . vous aurais interrogé de cette manière? — Coma mandant, je vous aime beaucoup; vous savez « que l'amitié aveugle : je n'ai pas vu vos défauts. « — Quoi?... Pour moi, je comprends autrement « l'amitié chrétienne. Puisque vousm'aimiez, j'au- « rais cru que vous eussiez été jaloux de me faire « observer mes manquements, en vue de ma per- « fection, afin de m'aider à mieux faire. » Alors le Père lui promit d'examiner sa conduite avec la plusgrande attention; et en effet, à quelques jours de là, il signala à Marceau je ne sais quelle disposition, peut-être un peu d'empressement dans le zèle, ou autre imperfection légère que le saint homme combattait si généreusement. « C'est maintenant répliqua Marceau, en le remerciant, avec
a effusion, que je reconnais en vous un vrai ami : « oui, j'ai ces défauts, on me les a signalés depuis « longtemps. Je ferai de nouveaux efforts pour « m'en corriger. Et, bon père, chaque jour de ma « vie je prierai pour vous.»
Marceau a Rome. — Arrivé à Rome, Marceau se trouva dans son centre. « Il n'avait pas com- « pris jusque-là, disait-il, ce que c'est d'être ca- « tholique. » Le bonheur qu'il éprouvait dans la ville éternelle l'eût peut-être arrêté, si Dieu ne l'avait appelé ailleurs. Il fut accueilli et entendu avec la plus grande bienveillance ; on encouragea beaucoup son projet, et le cardinal, préfet de la Propagande, lui écrivit une lettre de félicitation. Là, ses vues déjà si grandes s'agrandirent encore, et il ne songea plus seulement à l'Océanie, mais au monde entier, qu'il devait parcourir en tout sens, pour porter partout des missionnaires et servir les missions. Il fit encore là une notice, et, en la faisant, il rougit beaucoup de ce qu'il avait mis, dans celle publiée à Lyon, quelques mots qui étaient trop français, disait-il, et pas assez catholiques. Il présenta au Saint-Siège un plan fort vaste. L'extrait suivant d'une lettre écrite à son ami, le 21 juillet 1845, en pourra donner une idée.
« Mon bon Père et bien cher ami,... je vous ai « déjà dit l'effet qu'a produit sur moi le séjour à