LIVRE III. — CHAPITRE I
« soin d'obtenir l'approbation pontiQcale et toutes -( les faveurs qui peuvent être accordées dans une « pareille circonstance. » « Il me semble que je « ne pouvais m'atlendre à rien de plus favorable. « Il me semble aussi que je ne puis plus douter <( que je ne marche dans la voie de Dieu, au moins a relativement à moi, en ne perdant pas de vue « le projet. »
Sans examiner si toutes les théories de notre ami étaient réalisables dans leur ensemble, question que la Propagande, on vient de le voir, avec sa prudence habituelle, a sagement réservée, qui n'admirera, dans ce vaste plan, toute l'étendue, toute l'ardeur du zèle qui dévorait le grand cœur de Marceau ? Dans les calculs insatiables de son zèle, il méditait l'envahissement religieux de tout l'univers, et, passionné pour la gloire de son maître, il aspirait presque à l'impossible. Cette démarche d'ailleurs a eu une telle influence sur la vie du vertueux officier, sur ses pensées, ses tendances, ses déterminations subséquentes (qui lui ont été si légèrement reprochées par des hommes bien intentionnés mais sans mission), que nous ne pouvions la passer sous silence.
o Partirai-je donc maintenant avec le navire a acheté au Havre, continua Marceau dans la lettre « que nous venons de citer? C'est là une question a que je me fais chaque jour sans pouvoir y ré- (i pondre. A dire vrai, il me semble qu'il serait
« plus important de rester ici et de chercher des « éléments d'organisation religieuse. Je voudrais « voir un officier dont on m'a parlé, afin de savoir « s'il est de nature à s'associer à moi pour se dé- « vouer tout à fait aux missions. Je le verrai à « Toulon, ainsi qu'un jeune matelot qui m'a fait « demander de le prendre avec moi. Aussitôt que (î nous serons trois, avec un peu de foi et de - prière, nous devrons bien finir par nous ad- « joindre quelques missionnaires d'une nouvelle « espèce. Que Dieu me fasse connaître sa voq lonté! »
Marceau disait encore, peu de temps avant de ^'embarquer : « Ah ! si je n'étais pas si pressé par « les circonstances, je ferais bien mieux, je crois, « d'aller faire un bon noviciat de deux ans à « Nantes avec les bons marins bretons qui vien- « draient me rejoindre; et nous partirions en- « suite. »
Le Seigneur qui donne quelquefois lui-même à ses serviteurs des désirs dont il ne leur demande pas l'exécution, afin d'accroître leurs mérites et leurs couronnes, aura récompensé Marceau de tout ce qu'il voulait faire pour sa gloire; peutêtre aussi lui a-t-il inspiré de mettre en avant quelques idées que d'autres auront mission d'exploiter et de faire fructifier un jour, suivant ce que dit le saint Évangile : Alii laboraverunt et vos in labores eorum introistis. Que la volonté de Dieu
s'accomplisse! Que son règne arrive! Que son nom trois fois saint soit sanctifié par toute la terre, comme il l'est au ciel!
Obscurités, épreuves, tentations, courage. — Marceau, après avoir reçu la bénédiction du souverain pontife qui l'accueillit avec une tendresse paternelle en apprenant qu'il était converti depuis peu, après avoir obtenu de Sa Sainteté des grâces spirituelles très-précieuses pour lui, pour sa mère, pour sa sœur, partit de la ville éternelle, l'âme tout embaumée, comme tant d'autres, du parfum de Rome. Quel ami de Dieu prononça jamais ce nom sans amour?
Outre les consolations qu'avait eues dans la capitale de la cbrétienté le fidèle enfant de l'Église, un grand exemple était venu exciter sa ferveur. Sa mère lui avait écrit qu'elle avait fait à Dieu, si telle était sa volonté, le sacrifice de ne pas revoir son fils, avant le départ pour l'Océanie. « 0 bonne « mère, répondit-il, comment manquerais-je de « générosité envers Dieu , lorsque tu me donnes <t un tel exemple? Je te remercie sincèrement, « bonne mère, d'avoir fait une pareille offrande. »
Lui-même allait aussi avoir besoin de force et de courage.
C'est dans le creuset que l'orfèvre jette l'or pour le purifier; c'est dans la tribulation, c'est dans les tentations que Dieu élève les âmes, les fortifie et
les surnaturalise de plus en plus. Parfois il re lire la main qui nous soutient, ou du moins il la cache, afin que nous sentions notre faiblesse. D'autres fois, il nous laisse dans l'ignorance de ce qu'il demande de nous, afin que nous le cherchions, et il imite la mère qui se dérobe aux regards de son enfant, pour jouir des inquiétudes de son amour. C'est alors que l'âme produit de vrais actes de vertu, parce qu'elle agit purement parla foi. Arrivé à Paris, Marceau fit part à ses collaborateurs de la transformation qui s'était faite dans ses idées et il se trouva en désaccord avec tout le monde. Il ne fut pas étonné ; mais il tomba dans une perplexité extrême. D'un côté il se rappelait tous les sentiments qu'il avait éprouvés à Rome, l'encouragement qu'il y avait reçu; de l'autre, il se disait que son projet n'était pas assez mûr, et qu'en voulant le hâter, il le ferait avorter peut-être. Il tremblait toutes les fois qu'il pensait à cette persistance à laisser le caractère français à l'œuvre qu'on entreprenait, ce sont ses expressions; « d'autre part, disait-il, je connais le cœur de « M. N..., et je le sais plus dévoué que moi peut- « être aux intérêts de la religion ; » et alors son âme se troublait, a 0 mon Dieu, disait-il sans « cesse, faites-moi connaître votre sainte volonté 1 « Mes désirs ne sont-ils pas prématurés, ou bien a doivent-ils me servir de ligne de conduite?» Mais le Seigneur paraissait sourd à ses prières, et