‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 138 sur 178 · LIVRE III. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE I

il restait dans les plus épaisses ténèbres, sans voir aucune issue pour en sortir. Il avait écrit à Lyon, afin de consulter un homme vénérable, plein de prudence et de sainteté; mais il n'en recevait point de réponse. En même temps, Dieu lui fit éprouver des craintes continuelles et une répugnance horrible à prendre la mer; il se trouvait dans l'état où serait un homme sans aucune connaissance de la marine, qui n'aurait jamais vu l'Océan et à qui on confierait un navire. Il était effrayé de tout ce qui lui manquait. Dans la prière, il est vrai, et au pied des autels, il se réjouissait de ses misères, de son incapacité, et puisait une force incroyable dans le sentiment même de sa faiblesse. Mais après la prière, Dieu semblait effacer de sa mémoire toutes ces pensées consolantes, toutes les grâces qu'il lui avait faites, et Marceau était comme abattu. « Ah! dans quelles « angoisses suis-je réduit! disait-il à un ami; a mais pourquoi me plaindre? n'ai-je pas grand « besoin d'être instruit par les tentations et par a les chutes ? » Et il avait encore le courage de remercier Dieu de ces grâces de répugnance, comme il les appelait, en lui demandant seulement de persévérer contre cette épreuve.

Tel fut l'état de Marceau pendant une partie du temps qu'il resta encore en France. On sait que souvent le Seigneur a suivi la même conduite à l'égard de ses serviteurs les plus chers; quelles

ne furent pas les angoisses de i'illustreThérèse,en établissant le fameux couvent de Saint-Joseph , premier monastère des carmélites réformées? Et de nos jours, le vénérable fondateur des Bénédictins Prêcheurs des Cœurs de Jésus et de Marie, le Père Muard a passé aussi par cette agonie morale, quand il posa la première pierre de son admirable institution. Dieu est si jaloux de sa gloire !... Mais, comme ces saints personnages, Marceau espéra contre l'espérance, et ainsi que Jacob, il lutta avec Dieu. Au milieu même de cette tempête , apprenant de tristes nouvelles des missions, il disait : « Plus l'état de l'Océanie m'est connu, et plus je « me sens disposée me dévouera son bien; plus « aussi notre entreprise me paraît avoir de chan- « ces de succès. » Une autre fois, il disait agréablement : et Ah ! je vous réponds que le Père « N.... qui a tant de confiance en Dieu, et qui ap- « puie son espérance sur ce qui ébranle celle des « autres, doit maintenant se frotter les mains de « joie. Car je ne vois absolument rien en moi qui « me rassure. »

Cependant, une partie des peines qui accablaient Marceau se trouvèrent un peu soulagées parla réception de la lettre longtemps attendue. On l'engageait à ne pas se préoccuper, pour le moment, des pensées qu'il avait conçues sur une organisation nouvelle, et à préparer simplement sa campagne. Cette décision qui fixait à son égard

lu volonté de Dieu, le soulagea d'un poids immense... « Hélas! disait-il avec humilité, c'est ci mon orgueil peut-être qui a causé tout cet orage. « On m'a tant parlé du bien qu'avait fait ma préci sence à Lyon, on m'a tant dit qu'elle y a été « nécessaire, que j'avais fini par me croire quelque « chose, et par penser que je devais avoir raison « contre tous. » Dès lors il protesta que jusqu'à

son départ il ne voulait plus qu'obéir obéira

l'agent dît comité de VOcéanie. « C'est à lui, ajoua tait-il, de décider pour le moment de mes défi marches ; je n'ai plus envie de voler de mes « propres ailes. Je neveux môme aller dire adieu « à ma mère qu'autant qu'il m'y enverra. Dieu l'a « mis armateur et moi capitaine. Dans l'ordre a ordinaire, c'est à lui de commander, jusqu'à ce « que je sois à mon bord et en route. J'ai si soute vent demandé à être mis sous une direction, « que Dieu m'a exaucé, et je l'en remercie sin- « cèrement, malgré les répugnances d'une nature « habituée à une vie tout autre. » Tel fut le plan de vie que Marceau se traça pour les derniers jours qu'il avait à rester en France. Les fleuves ne se précipitent pas avec plus de vitesse vers l'Océan qui est leur centre que cet homme généreux ne se précipitait vers tous les genres d'héroïsme, aussitôt que la grâce les faisait apparaître a son âme.

Et d'ailleurs il était si uni à Notre-Seigneur, si

dévoué au sacrement d'amour et de force où se ;iuise la vie surnaturelle! «Peu avant de partir « pour l'Océanie, dit un officier, Marceau traver- » versait Lorient en voiture publique. Il avait « voyagé toute la nuit à une assez mauvaise place. « La voiture s'étant arrêtée, notre ami court à « l'église, demande s'il y aurait encore une messe. « Sur la réponse négative prie qu'on veuille bien « lui donner la sainte communion; puis remonte « en voiture et déjeûne avec un petit pain. Il était « près de midi. » Voilà le secret de la grandeur d'àme de Marceau !

L'adieu qu'il envoya du Havre à son directeur résume en deux mots toute la vie que nous lui avons vu mener depuis sa conversion. « Adieu « mon bien-aimé Père, à Dieu et en Dieu ; vous « m'offrez chaque jour à lui : oh ! merci ! De- « mandez-lui bien de me prendre tout entier mal- « gré mes révoltes et mes répugnances. Dites-lui « bien que je ne veux qu'une chose, une seule a chose : c'est de mourir à moi-même pour ne vivre « qu'en lui. »

Trait de foi. — On allait donc bientôt prendre la mer. Marceau qui n'avait pu prévoir l'époque, dit au médecin qui voulait s'attacher à lui : o Doc- « teur, dans huit jours soyez à mon bord, dans « huit jours nous partons. — Dans huit jours! refit prit celui-ci ; c'est impossible ! et ma malle, et

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