LIVRE III. — CHAPITRE I
« mes effets? Je suis à deux cents lieues de
« ma mère ; je ne pourrai donc pas aller l'em- « brasser, lui donner un dernier adieu » Marceau avait affaire à un homme de foi : « Docteur, a continua-t-il, je voudrais bien savoir si, quand « l'ange dit à saint Joseph au milieu de la nuit : « levez-vous et partez, saint Joseph lui répondit « qu'il voulait faire ses préparatifs et ses adieux. « Non, il se leva sur-le-champ et partit. » « Ce « fut, nous disait le docteur près de vingt ans « après, comme un éclair, comme un coup de « tonnerre. » (Marceau procédait ainsi dans ses conquêtes morales. Il renversait, subjuguait. On était emporté ). Stupéfait, le docteur le regarde, a Vous avez raison, lui répondit-il; je n'y pensais « pas. » Et ces deux âmes généreuses se comprirent.
Lorsque plus tard Marceau eut gagné la confiance et l'amitié de son médecin, il lui dit un jour : « Docteur, vous êtes à Dieu et vous voulez a l'aimer de tout votre cœur ; mais il vous manque « encore quelque chose. — Eh! quoi donc? — « Vous ne faites pas oraison. » Il lui en développa les avantages, lui en enseigna la pratique. Et à son retour en France, après sa grande campagne de quarante-quatre mois, Marceau, qui aimait le médecin comme un frère, disait avec de vifs sentiments de satisfaction : « Mon docteur est un « homme solide ; il a pris goût à l'oraison ; il ne
« passe jamais un jour sans y consacrer une heure « au moins et quelquefois plusieurs heures de « suite. »
Jusqu'à ses derniers moments, nous verrons Marceau prêcher, et d'exemple, et de paroles, la même doctrine pour la plus grande gloire de Dieu. C'est que l'oraisonest l'âme de la piété solide. Quiconque voudra y consacrer une heure, par jour, coûte que coûte, deviendra bientôt un homme nouveau, et il sera bien récompensé de ce sacrifice par la facilité merveilleuse et les douces consolations qu'il trouvera au service de Dieu en persévérant dans cette pratique. Aussi le doux, l'indulgent saint François de Sales ne demandait rien autre aux âmes qu'il dirigeait, persuadé qu'en les mettant en contact avec la grâce, avec Dieu par l'oraison, il obtiendrait, sans même les demander, tous les autres sacrifices. « Quand le feu est a à la maison, disait-il joyeusement, on jette tout « par les fenêtres. »
« Si vous désirez avoir des forces pour triom- « pher de toutes les tentations, disait de son a côté saint Bonavenlure , vaquez sérieusement " à l'oraison. Qui voudra fortifier sa volonté dans « les voies de Dieu, n'est pas obligé à autre chose « qu'à s'adonner à l'oraison, b En un mot, Cest l'oraison qui fait les Saints.
Autre trait de foi. — Voulez-vous faire naître