LIVRE III. — CHAPITRE I
autour de vous des dévouements?... Dévouez-vous. C'est l'histoire de toutes les œuvres, de toutes les fondations religieuses, de tous les saints. Voilà un des grands stimulants des cœurs généreux, des cœurs que dévore le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, dans leurs aspirations au plus parfait.
Une autre personne, mademoiselle Perroton de Lyon, quoique âgée de près de cinquante ans, fut encore entraînée par la grâce et par les exemples de Marceau. Elle renonça à une position aisée, pour aller se dévouer à l'instruction des petits sauvages de l'ûcéanie.
Cette pieuse femme adressa au lieutenant de vaisseau la lettre suivante, afin d'obtenir la permission de monter à son bord. « Monsieur, les « grandes affaires qui vous occupent ont sans « doute effacé de votre mémoire le souvenir d'une « personne qui a eu l'honneur de faire votre con- « naissance à Lyon, à l'hôtel de Provence. Vous « me fîtes espérer que j'aurais l'honneur de vous « voir avant votre départ pour Rome, et que vous « me donneriez même de vos nouvelles pendant « votre séjour en Italie. Je ne suis point étonnée « d'avoir été trompée dans mon attente; des oc- « cupations bien moindres que les vôtres absor- « beraient plus d'une mémoire; d'ailleurs, je ne « suis rien dans votre affaire immense. Mais, « Monsieur, ce rien désire être quelque chose,
« et mes souhaits sont toujours les mêmes. Ma « pensée se porte avec bonheur vers ce départ a projeté que vous parûtes trouver facile. Mon « désir est d'être , pour le reste de ma vie , au « service des missions, et vous seul, Monsieur, « pouvez me donner les moyens d'y parvenir, « en m'accordant votre protection pour un voyage .( si long et si coûteux. Que n'ai-je une fortune à « offrir 1 Mais , vous le savez , mes ressources « sont minimes. Je n'ai provision que de bonne « volonté. Je n'ai qu'une faible somme à moi, et a ce n'est rien, non, rien. Je ne vous l'offre que « comme dédommagement : car vous serez obligé a de me fournir ce dont j'aurai besoin dans le « voyage, et une fois arrivée, Dieu pourvoira à « ma subsistance, je l'espère; car je ne veux « autre chose que sa gloire et le salut de ces bons a Océaniens, au bien desquels je me sacrifierai a de bon cœur, si telle est la volonté du ciel. Je « le prie de mettre dans votre âme des disposia tions qui me soient favorables. Je voudrais seuot lement monter sur votre navire, au simple titre a de servante, s'il en faut une, et que je puisse a y faire l'ouvrage dont on aura besoin. N'en a cherchez pas d'autre. Vous n'en trouveriez point a qui servit avec plus de dévouement que moi , u malgré mon âge avancé. Pardonnez, Monsieur, a la liberté que j'ai prise; mais si je manque cette a occasion c'en est fait; et je ne veux rien négliger