‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 14 sur 178 · LIVRE I. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE III

En revanche, les cérémonies du culte semblaient à Marceau souverainement ridicules; quand elles ne lui faisaient pas hausser les épaules de pitié, elles le mettaient en fureur. Il blasphémait si souvent le nom adorable de Dieu, surtout dans les derniers temps , que cette habitude était devenue comme un besoin pour lui et paraissait tenir de la rage. Plusieurs de ses amis même s'en étonnaient et en étaient choqués. « Il semble, di- « sait-il plus tard, que le démon me poussât à « ces péchés abominables, dans l'espoir de rendre « impossible un retour que certaines disposi- « tions de mon esprit pouvaient lui faire prévoir « et redouter. »

11 lui arrivait, il est vrai , assez souvent de dire qu'il étudiait, qu'il cherchait, qu'il n'admettrait rien avant d'être convaincu... Mais, chose étrange et qui à elle seule eût dû fui donner quelque soupçon de la vérité ! il ne voulait pas que le catholicisme entrât en ligne de compte avec les systèmes de philosophie qu'il fouillait si avidement; et même, dans l'espoir de rencontrer cette inconnue qu'il poursuivait, il aimait mieux ouvrir les pages du coran, que celles de l'Évangile.

Et pourtant de cette âme (car l'âme humaine est un mystère) il jaillissait de temps à autre comme des étincelles qui révélaient le feu caché sous la cendre. Un jour, dans une grande contrariété qui le faisait bondir de colère et d'indigna-

tion, il s'écria en parlant à sa mère : « Ah! ma « mère, si je pouvais avoir la foi et prier! » En une autre circonstance, il disait à un ami ces paroles mémorables : « J'ai un immense besoin « d'aimer et de me donner corps et âme. Mais, « dans le monde, je ne trouve rien qui mérite ce « don de moi-même. Il n'y a que Dieu qui puisse « satisfaire mon âme. » Puis il alla chercher des distractions et des plaisirs.

Ces plaisirs n'étaient pas toujours innocents. Nous savons de deux officiers qui l'ont suivi de près, que dans certaines villes qu'ils nous ont nommées sa vie fut très-licencieuse. A Alexandrie, le jeu, les aventures se succédèrent et finirent par amener, entre Marceau et un de ses camarades, une provocation en duel dont leurs amis communs empêchèrent les suites.

Pendant les congés qu'il obtint, il se faisait remarquer par son amour du monde, et il rivalisait de mollesse et d'élégance avec lesjeunes gens les plus frivoles. Se lever tard, consacrer beaucoup de temps à la toilette, passer de longues heures, étendu sur un canapé, à lire des romans, tel était l'emploi de sa journée.

Lorsqu'il commandait les paquebots de la Méditerranée, il aimait à étaler un vrai faste dans sa table et son ameublement. Il avait une vaisselle, marquée à son chiffre, très-considérable et magnifique. Plus tard il l'appelait sa honte, ne la

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