LIVRE III. — CHAPITRE I
a M"' Perroton? m'allez-vous dire. Ce qu'elle a « fait? Ce qu'il faut pour racheter des âmes! Elle « a accepté , avec une générosité que je n'ai pas « cessé d'admirer, le martyre le plus cruel qu'il « soit possible d'endurer sur la terre, celui d'une « vie de souffrances incessantes et d'autant plus a cruelles qu'elle ne s'aperçoit pas des fruits qui « en naissent. Je vous assure qu'elle est bien une « preuve que la grâce ne s'inquiète pas du sexe « pour produire des miracles. Et il répétait : quel « homme que cette femme ! »
Leur estime était réciproque. Mademoiselle P< :roton écrivait à son tour : « Qu'il est humble, « ce commandant! Un jour il a eu un petit mou- « vement de vivacité à mon égard; il m'a aussitôt a fait ses excuses en présence de la société (car a c'était à table). Il ne s'est pas contenté de cela. « Le lendemain matin , il m'a encore demandé « pardon ; les larmes roulaient dans ses yeux. « Que cela m'a peinée ! j'avais reçu l'affront sans « pleurer; mais je n'ai pu supporter l'excuse. Où « en suis-je? et combien je suis éloignée d'être a capable d'une pareille action! Demandez pour « moi à Jésus-Christ cette vraie humilité de cœur « qui seule fait les vrais saints ! »
Qu'il nous soit permis, pour l'édification du lecteur chrétien, de mettre encore sous ses yeux une page de cette vertueuse femme, qui nous a été communiquée.
<i Mon Révérend Père, je ne peux vous donner « une idée de la satisfaction que j'ai éprouvée en « recevant votre lettre. Moi, misérable fille, à <r l'autre bout du monde, je reçois une lettre « d'un des supérieurs de la Société de Marie! « N'est-ce pas trop d'honneur? Aussi en ai-je re- « mercié le bon Dieu comme d'une grande faveur. « Je l'ai lue et relue, et je la relirai bien encore.
« Vous me faites, mon Révérend Père, un « grand honneur en m'appelant la fille de la Proie vidence. Plaise au Seigneur que je devienne « par la suite une fille bien soumise. Les paroles « de saint Paul que vous m'appliquez, ne peu- « vent me convenir. Ah! je suis loin d'être « morte! hélas! je vis, et je vis toujours à moice même, à mes goûts, à mes désirs , et enfin à « tout ce moi-même qui est diamétralement op- « posé à l'esprit de Jésus-Christ, lequel ne peut «. être qu'un esprit de renoncement et d'abné- « gation.
a Je remercie mille fois le Très-Révérend Père « général, de l'honneur qu'il me procure en m'a- « grégeant au tiers-ordre de Marie. Comment a-t- « on pu songer à moi? Encore une grâce de « plus. Il faudrait que ma reconnaissance envers « Dieu fût grande comme l'Océan. Sachez, mon « Révérend Père, que c'est dire beaucoup; et « quand je veux en peu de mots faire beaucoup «. d'actes d'amour de Dieu, je lui dis : Mon Dieu,