LIVRE III. — CHAPITRE I
« je vous adore et je vous aime autant de millions « de fois qu'il y a de gouttes d'eau dans l'O- « ce an.
« Je présente donc à toutes mes nouvelles sœurs « que je ne connais pas, l'offrande de ma tendre « affection. Elles tâchent, me dites-vous, d'imi- « ter la vie de la sainte Vierge; et moi, mon a Révérend Père, comment vais-je m'y prendre « pour faire comme elles? Ma vie est peu cachée. « Ah! je vois bien qu'avec mon action d'éclat, « je ne saurais jamais approcher d'un modèle « aussi parfait. Je vous prie donc vous' toutes, « mes chères et tendres sœurs, de m'être en i aide, afin que je ne reste pas en arrière dans ï le chemin de l'amour de Dieu. Demandez-lui i qu'il daigne agréer l'offrande de toute ma per- « sonne, qu'il ne permette pas que jamais je re- » cule devant les difficultés, mais surtout, sur- « tout que je ne prenne pas ma volonté pour celle a de Dieu. »
Telle était la femme généreuse que devait emmener Marceau et qui alla le rejoindre au Havre.
M"e Perroton est la première personne de son sexe que le zèle ait conduit dans les îles de l'Océanie. Depuis son départ, plusieurs servantes de Dieu ont été entraînées sur ses pas, plusieurs aspirent au même dévouement, et ses nobles exemples, son héroïque initiative ont été une des
sources de la Congrégation de Noire-Dame des Missions. Elle se croyait inutile (1) !
(1) La maison-mère des religieuses de Notre-Dame-des-Missions est à Lyon. Leur but n'est autre que celui qui a conduit Mlle Pcrroton en Océanie. Elles se regardent comme ses filles. Veut-on savoir quelles vertus requiert leur noble vocation. Écoutons l'une d'elles écrivant, le 1er juillet 1861, de l'Ile des Pins (Nouvelle-Calédonie) à une de ses sœurs de France :
« Vous me demandez ce qu'il faut emporter ou laisser pour « venir ici. Avant tout , n'oubliez pas que l'enthousiasme et « l'imagination doivent rester en Europe. On vient ici en es- >< prit de victime, non point victime de son choix, mais victime « de Jésus. 11 faut lui dire : Maître, nous avons tout quitté. » « Et pouvoir ajouter :«Nousnous sommes quittées nous-mêmes, « c'est le plus difficile. Venez en aveugle ; ne rêvez poiut le « martyre du casse-tête, il n'est pas pour nous, il est trop « glorieux. Filles de la mère des douleurs, nos douleurs sont « cachées, comme les siennes. Notre vocation est l'oubli, la vie « cachée en Dieu , le zèle, mais le zèle de Marie, sans bruit, « sans éclat, parfois n'y comprenant rien nous-mêmes, tant il « fait peu de bruit, le silence du cœur de Marie, mais tout « bas , cette fournaise qui brûle devant Dieu dans le secret. « Ne jugez rien en arrivant, vous ne comprendrez rien à rien ; '< n'allez pas , comme certains , trouver que le christianisme « est allé trop vite, parce que vous ne verrez plus de sauvages < dégradés. Attendez, attendez, je vous découvrirai des misères « secrètes, moi, qui vous feront saigner le cœur, et là encore, « prenez garde de ne rien laisser dire à vos traits. Enfin, chère « amie, permettez à une vieille sœur de trois ans de mission « de vous prévenir des choses à éviter ou de vous indiquer ce « qu'il faut acquérir; c'est pour le divin Maître, et je me suis « promis d'arracher le masque enchanteur que la dévotion et >< l'innocence d'une bonne vie mettent sur les yeux des épouses « du Seigneur, surtout quand elles goûtent les premières douu cours du sacrifice. On vous a déjà dit qu'en mission tombaient