‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 147 sur 178 · LIVRE III. - CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. - CHAPITRE II

« épouvantable, du sifflement affreux du vent à « travers les mâts, les voiles et les cordages. Le « passager qui conserve son sang-froid en ces mo- « ments, peut s'écrier avec le prophète : Mirabi- « les elationes maris, mirabilis in al tis Dominus (1). a Tous les objets qui n'étaient pas solidement « fixés à bord roulaient et se brisaient, et l'on « pouvait dire littéralement de nous tous : « Moti « suntsicut ebrius (2). » Non-seulement nousautres « novices nous étions accablés par le mal de mer; « mais nos vieux matelots eux-mêmes ne pouce vaient résister à la force de l'orage. Nous étions « jetés des côtes de France sur celles d'Angleterre. « Telle fut notre position jusqu'au mardi 18, où « nous pûmes jeter l'ancre en rade de Portsmouth, a à l'abri de l'île de "Wight. Nous y célébrâmes « la fête de la Présentation de Notre-Dame, et a nous priâmes avec ferveur l'étoile de la mer de « luire sur nous. Le dimanche matin, 23, le vent « soufflait au nord-est , la mer était plus calme, « le ciel plus serein : nous dîmes adieu à l'Angle- « terre. Chemin faisant, nous ne nous lassons pas a d'admirer les jolis villages qui descendent le « long des collines jusqu'au bord de la mer. Une a douzaine de bâtiments anglais filaient à nos cô-

(1) Les soulèvements de la mer sont admirables; le Seigneur est admirable dans les hauteurs. (Ps. 92, v. 4.)

(2) Ils chancellent comme un homme ivre. (Ps. 10G, ▼. 27.)

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« tés, se balançant avec grâce sur les flots et luta tant de vitesse les uns avec les autres. Nos « épreuves étaient loin d'être finies. Nous étions « sortis de la Manche le 29 novembre, quatorze « jours après notre départ du Havre. L'Océan ne o nous apporta pas le calme que nous attendions. « Nous fûmes poussés dans le terrible golfe de « Gascogne, où nous restâmes errants pendant « huit jours; nous ne marchions que par bonds « et par sauts, avec une brume épaisse , un froid « intense, un roulis et un tangage épouvantables, a Cependant nos vieux matelots prétendaient n'a- « voir jamais éprouvé de tourmente si longue et « si violente ; ils disaient : Il faut que quelque « chose nous porte malheur, tous les diables sont « déchaînés contre Y Arche d'alliance.» Le Comte mandant, avec une cunfiance qui paraissait té- « méraire aux plus sages, mais qui excluait tout c< doute dans nos cœurs comme dans le sien, pro- « mit le beau temps à ses matelots pour la pro- « chaîne fête de l'Immaculée Conception. « Eh <: bien! nous verrons, » disaient-ils, en branlant a la tête. Tous ceux qui n'étaient pas trop abattus « par la maladie, s'unirent, sinon à la ferveur de « M. Marceau, du moins à ses prières. Enfin le 7 « décembre, le vent commence à se calmer. Le « jour de la fête, après la sainte messe, la jour- « née s'annonce magnifique. On déploie toutes « les voiles. La mer est calme ; pour la première

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