‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 149 sur 178 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

« sept heures la prière, après laquelle il y a « deux heures déclasse pour les matelots : les uns « apprennent à calculer, les autres à écrire, d'au- « très à lire, et cela avec une infatigable activité, « et sans aucun respect humain , quelque avan- « ces qu'ils soient en âge. Souvent, pendant la ré- « création du soir, nous allons nous étendre sur « le pont de la dunette, et là , pendant que quel- « ques-uns des passagers s'abandonnent à de « douces rêveries sur la patrie qui s'éloigne chaa que jour, nous qui en cherchons une nouvelle, « nous redisons en chœur, tantôt l'Ave maris « ste/la, tantôt les litanies de notre bonne Mère, « ou bien quelques-uns des jolis cantiques que « nous apprendrons un jour à nos bons sauvages. « Oui pourrait dire tout ce qu'on éprouve de bon- « heur à chanter les louanges de Marie par une '( soirée délicieuse, au milieu de l'Océan, sous « un ciel nouveau, parsemé d'étoiles nouvelles, et « cela au milieu du frémissement des vagues, qui « viennent par intervalles se briser contre le na- « vire, autour duquel se jouent des monstres ma- « rins et mille oiseaux divers?

a On dirait une petite communauté lorsque « nous sommes réunis; mais lorsque tout le « monde est éparpillé sur le navire, et que cha- « cun s'occupe à la manoeuvre , on serait parfois « tenté de se croire en pleine campagne. Le bêlea ment des moutons, les aboiements des chiens,

« le cri des oies , le chant des coqs, et les oiseaux « aquatiques qui voltigent autour du navire, ne « contribuent pas peu à l'illusion. Ce n'est qu'en a voyant ces milliers de cordages qui se croisent « en l'air, les voiles qui s'enflent au vent, les « mousses qui grimpent à la cime des mâts et à « l'extrémité des vergues, à cent pieds au-dessus « de nos têtes, qu'on est pleinement détrompé. « Pour rompre la monotonie, chaque jour nous a apporte quelque nouveau spectacle : c'est la « mer, tantôt calme, tantôt agitée, houleuse, « noire, azurée, verdâtre, phosphorescente ; c'est « le soleil qui, en se couchant, inonde l'Océan de « ses flots de lumière. Les levers et les couchers « du soleil sont de la plus haute magnificence « sur mer. L'horizon se couvre de nuages nuancés a de mille couleurs d'or, de pourpre, de violet, « de vert, d'oranger; ces nuages revêtent les foret mes les plus fantastiques; on dirait des volcans a embrasés, des lacs de feu, des montagnes de « neige, des forêts, des villes et des châteaux. « J'ai vu bien souvent tout l'équipage en contemc plation devant ce spectacle.

« Des nuées d'oiseaux venaient chaque jour nous a égayer en prenant leurs ébats autour du navire, « becqueter les vergues et les cordages. Les plus « communs sont les hirondelles de mer, les pé- « trels, les albatros. Nous nous amusions à les pê- « cher à l'hameçon, de même aussi que l'on har-

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