LIVRE III. — CHAPITRE II
« ponnait quelquefois des marsouins, des souf- « fleurs et d'autres monstres marins. Vous voyez « qu'une navigation au long cours peut avoir en- « core ses agréments. Joignez à cela l'union qui « règne parmi tous les gens à bord , les secours « spirituels que nous avons en abondance, et tout c cela, nous le devons à notre bien- aimé comman- « dant. Sa piété nous a procuré une consolation « que nous n'aurions pas espérée sur mer : c'est « !a célébration de la fête de Noël. »
Noël. — Les souhaits lu nouvel an. « Depuis « une dizaine de jours, nous nous préparions à « solenniser la Nativité de Notre-Seigneur. En a quittant Madère, nous avions organisé dans « cette intention des classes de chanl. Au comte mencement de la nuit, par un clair de lune « magnifique, nous nous réunissions, officiers, « passagers, matelots, et les beaux chants de « l'Église avec accompagnement d'ophicléide se « mêlaient au bruissement des vagues et reten- « tissaient au loin sur la mer... Enfin Y Arche « d'alliance allait donner un beau spectacle aux « habitants de la cour céleste, les seuls témoins c de nos joies et de nos prières Le 24 décerner bre, il fut décidé que l'office de minuit se fête rait en plein air. Aussitôt après le dîner, on v dresse une tente sur le pont, entre le grand mât « et le mât d'artimon; on suspend, à bâbord et à
« tribord, de grandes voiles pour nous garantir « des accidents que le vent peut nous occasionner. « Nous ornons la tente avec les pavillons du na- « vire; le pavillon de reconnaissance, qui porte « une croix rouge sur un fond blanc , forme le " ciel; l'autel est garni de chandeliers et de « fleurs, orné d'une belle nappe avec une riche « garniture. Des voiles servent de tapis. Nous éta- « Ions toutes nos richesses; officiers , matelots, « passagers, tous rivalisent de zèle; le comman- « dant se multiplie, il prend part à tout. Le soir, « le temps, qui était sombre depuis plusieurs « jours, se rembrunit de plus en plus; des éclairs a fréquents sillonnent les nuages; quelques coups « de tonnerre se font entendre. Le temps triste 't et sombre, que l'on rencontre toujours à quelle ques degrés avant ou après l'équateur, est ap- '< pelé par les marins le pot-au-noir, à cause de la « noirceur de l'horizon.
« Bientôt toute crainte fut dissipée. Depuis plus <t de deux heures, vous aviez entonné les pieux « cantiques à la gloire du Dieu naissant; nous vou- « lions, aussi nous, rendre hommage à son amour, « faire entendre nos voix au milieu de l'Océan, « dans une circonstance qui ne s'est peut-être en- « core jamais présentée : nous étions placés au « milieu du monde, à quelques degrés seulement « de l'équateur. A minuit, la cloche appelle tout (i le monde au pied de l'autel paré et illuminé.