LIVRE III. — CHAPITRE II
« L'office commença par VAdesle fidèles qu'un « des missionnaires chanta avec le second et le « maître charpentier dont la voix est fort belle. « Nous étions accompagnés de deux ophicléides. « Nous invitions nos chers compagnons de vovage « à se réunir autour de la crèche du divin enfant. « qui allait bientôt paraître au milieu de nous. « Avec quels transports ils répondaient qu'ils ve- « naient avec nous adorer le Roi des anges! Im- « possible de dire l'entrain et l'enthousiasme de « nos marins surtout en chantant la sublime et « royale messe de Dumont. Au Gloria in excelsis, « le bruit du canon retentit dans les airs, et nous « rappela la voix des anges annonçant la paix « aux hommes de bonne volonté. Nous eûmes « sermon après l'Évangile. De nouvelles détona- « tions se firent entendre à l'élévation, comme « pour annoncer aux peuples qu'un Dieu-Sauveur « descendait parmi nous. Après la messe, où nous « eûmes la consolation de voir un bon nombre « de nos marins s'approcher de la Sainte Table « avec toutes les marques d'une sincère piété , « nous chantâmes le Te Deum, pendant lequel le « canon retentit de nouveau, et proclama, au loin « sur les mers, la naissance du Messie. La joie « était peinte sur tous les visages; jamais nos ma- « rins n'avaient vu de fêtes semblables à bord d'un « navire; ils n'en soupçonnaient même guère de « plus belles à terre... C'était aussi pour nous un
« spectacle bien nouveau et bien attendrissant « que celui d'une messe célébrée en plein air, à « minuit, en face du nouveau monde, à la lueur « des éclairs, au bruit confus des vagues et du « tonnerre, au milieu des détonations de i'artil- « lerie, sous une tente formée de pavillons fiot- « tants au gré des vents, sur un autel élevé par « des officiers de marine, et pavoisé des couleurs « nationales!! A dix heures eut lieu la grand'- « messe du jour, mais dans la chambre : car la u pluie tombait par torrents. A quatre heures, « nous chantâmes solennellement les Vêpres; « elles furent suivies du chant des cantiques et « surtout d'un Noël provençal, que nos matelots « n'ont cessé, pendant plusieurs jours, de répéter « de tout leur cœur. La cérémonie se termina « par une salve d'artillerie (1).
« Le 31 décembre, à sixheures du soir, le canon « se fît encore entendre; tous les passagers et l'é- (i quipage se réunirent pour présenter à M. le Corn. « mandant leurs souhaits de bonne année. Le se- « cond parla au nom des officiers, un mission- « naire au nom de ses confrères; le lieutenant lut « une longue pièce de vers de sa composition, et (i une lettre du voilier fut offerte au nom de l'é- « quipage. Le bon M. Marceau voulait répondre ;
(1) Point àe l'Arche d'alliance au 25 décembre 1845: latitude sud, 4° 44'; longitude ouest, 19°.