LIVRE HT. — CHAPITRE II
« mais il était tellement ému, que des larmes « étouffaient sa voix, et il se borna à nous engager « tous à nous unir dans la prière. Ce fut une bien « douce fête de famille, que nous terminâmes « par le chant du Te Deum en actions de grâces «. des bienfaits reçus dans l'année, et par une « salve de trois coups de canon.
« Le lendemain , les souhaits mutuels de ces « heureux passagers furent offerts à la messe aux «. bénédictions du ciel. La Société de l'Océanie, « les parents, les amis, les pauvres infidèles.... « nul ne fut oublié, a La pensée que l'on priait « aussi pour nous en France , dit l'un des voyait geurs, nous enflammait et nous inondait de « joie. »
Tempêtes. — Entrée dans le détroit de Magellan. — Foi du Commandant. — Dans le mois de février YArche d'alliance fut assaillie par deux furieuses tempêtes qui la prirent à l'improviste. Malgré ces surprises si dangereuses à bord d'un bâtiment n'ayant qu'un faible équipage, on parvint à se débarrasser des voiles sans la plus légère avarie. Le 9, puis le 14 le vent fut si violent qu'on fut forcé de mettre à la cape sous le grand hunier au bas ris, le petit foc et l'artimon. Les vagues se jouaient du trois-mâts comme d'une légère nacelle; une fois YArche d'alliance embarqua tant d'eau que plusieurs pâlirent. Mais Marie veillait à
la proue et les tempêtes s'apaisèrent. « Maintenant, « disait un de ceux qui s'étaient crus perdus, a notre Arche a fait ses preuves. »
En avançant vers la pointe méridionale de l'Amérique, il se présentait une grave question à résoudre : doublerait-on le cap Horn ou passeraiton parle détroit de Magellan? Marceau et les Missionnaires désiraient ardemment visiter les pauvres habitants delà Terre de Feu et de la Patagonie et sonder leurs dispositions. Une neuvaine que fît le Commandant, afin de connaître la volonté de Dieu à cet égard , sembla avoir augmenté son désir. Mais d'un autre côté le détroit de Magellan a 130 lieues de long et il offre de grandes difficultés à la navigation, à cause des courants, des îlots et des rochers innombrables dont il est semé; d'ailleurs, les vents d'ouest y soufflent constamment. Tout en se dirigeant vers l'embouchure du détroit , Marceau était encore indécis; il paraissait absorbé dans de sérieuses réflexions et redoublait de prières. De graves raisons se balançaient en son esprit. Alors il résolut de remettre la décision à la Providence et a. la direction de Marie, à qui était confiée la garde du navire. « Au moment, « écrit un passager, de doubler le cap Las Virge- « nés qui se trouve à l'entrée nord du détroit, q les vents refusent. Alors M. le Commandant, « animé de cette foi qui pénètre lescieux. se jette <t à genoux sur l'avant du navire , et tourné vers