‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 157 sur 178 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

dant rédigeait ses notes, et les missionnaires, dans leurs courses au sein de ces solitudes, aimaient à attacher des médailles de la sainte Vierge aux arbres , en signe du domaine qu'ils la conjuraient de prendre sur ces plages désolées. Toutefois, il restait à Marceau un projet à réaliser : il aurait emporté un vif regret, s'il n'avait pu arborer sur cette terre l'étendard de la Rédemption. Les huit jours de relâche au Port- Galant lui permirent d'exécuter ce pieux dessein. Une belle croix de trente pieds fut préparée, et l'on choisit pour emplacement un petit îlot, au milieu de la baie qui sert d'entrée au port, atin que cemonument pût être un signe de salut pour tous , d'abord pour les tribus sauvages qui pourraient facilement l'apercevoir du haut des collines , puis pour les navigateurs, auxquels il servirait de signe de reconnaissance. Le 4 mars, jour de cette touchante cérémonie, tous ceux qui n'étaient pas rigoureusement nécessaires pour la manœuvre, descendirent sur l'îlot. Le navire était orné de ses beaux pavillons. On salue de vingt et un coups de canon le signe sacré. Vingt hommes, le Commandant à leur tête, prirent la croix sur les épaules, et elle fut ainsi portée processionnellement autour de l'île. Pendant la marche on chanta l'antienne : Christus factus est pro nobis obediens usque ad mortem, mortem aulem crucis, et l'hymne Vexilla Régis prodeunl ; fulget crucis mysterium.

Après la bénédiction et le sermon, la croix s'éleva triomphante. Alors furent entonnés avec transport le psaume Exurgat Deuset dissipentar inimicî ejus, puis : Dominus regnavit... et d'autres cantiques inspirés qui se rapportent au règne et à la victoire de Jésus-Christ. Sur cette croix avaient été gravés ces mots : Mundisalus (1), Arche d'alliance, le 2 mars 1846. Diverses médailles formaient les monogrammes du Sauveur et de Marie; à chaque extrémité des croisillons se trouvait un petit crucifix indulgencié; enfin on voyait sur le pied de la croix trois lettres : D. D. M. ( Deo Dicavit Marceau) (2). « Plaise au Sauveur des hommes, écri- « vait un passager, fidèle écho des pensées du « Commandant, qu'un jour, que bientôt, des « missionnaires viennent fixer leur tente auprès « de cette croix pour évangéliser les infidèles « qui habitent ces contrées. »

En entrant dans le détroit, l'Arche d'alliance avait passé près d'un camp de Patagons, situé au pied d'une immense forêt. Le vent était propice, on avait l'espoir d'en rencontrer plus loin; le Commandant passa outre. Mais son espoir fut trompé. Il en eût été peut-être de même à l'égard desFeugiens, sans un accident qui arriva au navire, après la plantation de la croix dont nous venons de parler.

(1) Salut du monde.

(2) Dédié à Dieu par Marceau.

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