LIVRE III. — CHAPITRE II
habillement ils avaient une peau de guanaco qui couvrait leurs épaules ; à quelques-uns il restait encore des lambeaux de pantalons qu'ils avaient eus à bord des navires. On ne comprend pas com ment ce peuple, qui habite la terre la plus rapprochée du pôle sud, peut supporter cet état de nudité. Il est vrai qu'ils sont toujours auprès du feu; ils le portent avec eux dans leurs pirogues, et aussitôt qu'ils sont à terre, ils allument de grands brasiers dans leurs forêts. Faia, disaientils, faïa (il fait froid), et ils tiraient alors les habits des missionnaires et des marins comme pour les demander. On s'empressa de les fournir le mieux qu'il fut possible. Après quelques heures, ils repartirent; mais le courant et le vent les empêchant de regagner leur tribu, ils passèrent la nuit sur le rivage, et le lendemain ils étaient de bonne heure à bord, au moment où l'on se préparait à dire la messe. En vertu des dispenses pontificales accordées aux missionnaires, ils purent, quoique païens, assister au saint sacrifice. Le silence religieux, les décorations de l'autel, le prêtre en habits sacerdotaux, tout les surprenait; mais surtout ils parurent dans l'admiration en entendant chanter le Veni Creator, l'Ave Maris Stella et les litanies des saints, que l'on adressait au Seigneur pour attirer sur eux la grâce d'une prochaine conversion au christianisme. Comme ils ont une facilité remarquable à répéter avec précision les mots qu'ils
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entendent prononcer, ils chantaient avec les assistants : ora pro nobis.
Après le saint sacrifice, on leur prodigua mille caresses. La journée se passa agréablement à les étudier, à les approprier, à les habiller, à les faire chanter. On fut témoin de leur repas, qui se compose de coquillages ramassés sur le bord de la mer, et de gras de baleines qu'ils découpent avec des coquilles en guise de couteaux. Un peu avant la fin de la journée l'un des missionnaires, en portant le regard vers le ciel d'un air expressif, leur montra un grand crucifix ; et leur apprit à chanter sur le ton de VOrapro nobis, les saints noms de Jésus et de Marie. Ils semblaient comprendre ce qu'on voulait leur inculquer : qu'il y a quelque chose de surnaturel dans la croix. Plusieurs fois ils tombèrent à genoux devant elle, et pendant près d'une heure ils chantèrent sans se lasser Jesons, Maria.
Le lendemain matin, 8 mars, les habitants de V Arche d'alliance furent éveillés par les cris de leurs bons amis les sauvages, qu'on entendait chanter de loin Jesous , Maria. Une flotille tout entière arrivait : environ soixante personnes, hommes, femmes, enfants, vieillards, portant sur leurs pirogues toute leur fortune : chiens, oiseaux de basse-cour, flèches, tentes. Les hommes étaient assis autour du feu allumé au milieu de chaque pirogue sur une larcre pierre entourée d'eau. Les