LIVRE I. — CHAPITRE III
croyait pouvoir le faire, lorsqu'il vivait au gré de ses désirs. Il paya même les intérêts, malgré le refus de plusieurs créanciers qui étaient ses amis. Altier et dédaigneux, Marceau ne croyait pas facilement que ses chefs lui fussent égaux en mérite et en capacité, et il ne les ménageait pas; il s'en faisait même gloire auprès de ses amis. On dit que sous ce rapport il était très-mal noté au ministère de la marine. On ajoute que plus tard il fit d'humbles excuses à un amiral qu'il avait traité trop lestement pendant qu'il vivait loin de Dieu.
"* A cette époque, la plupart des officiers supérieurs et généraux, quoique fort capables comme marins, connaissaient peu l'emploi de la vapeur. La spécialité des études de Marceau, la distinction avec laquelle il avait commandé plusieurs steamers, marquaient sa place au sein des commissions scientifiques où Ton s'occupait de l'application des machines à vapeur à la marine militaire. Chaque fois qu'il se trouvait à terre ou en rade, il était donc appelé à faire partie de ces réunions. Là, le lieutenant de vaisseau donnait libre carrière à son orgueil et ne se faisait pas faute de montrer sa supériorité , aux dépens même des chefs qui présidaient les commissions.
De tous les défauts que Marceau eut à combattre, celui dont la victoire lui a coûté le plus d'efforts, est cette habitude, ce besoin de décrier
scs chefs. Nous le verrons, pour se dompter, faire des sacrifices héroïques.
L'ambition paraît avoir été un des mouvements les plus violents de son âme. « Séduit par mes « idées d'homme ayant un rôle à jouer, écrivait- « il un jour, j'avais fini par me croire un être « indispensable, et destiné aux plus grands em- « plois. » En 1849 , il disait encore à un officier et à un ami : « J'ai été fou d'ambition et d'orgueil; « je ne sais ce que je n'aurais pas fait pour mé- « riter le regard d'un chef». Il ajoutait, et nous répétons ses paroles, quoiqu'elles soient ici par anticipation : «Maintenant que je ne veux plus' « de gloire humaine, la renommée s'attache à « mes pas malgré moi. Je viens de faire une cam- « pagne en Océanie pour Dieu seul, et tout le o monde en parle. » Onze ans plus tard, son ami de la Moricière, en croyant sacrifier sa gloire à Dieu, assurera de môme à sa mémoire et à sa tombe un éclat qui fera pâlir tous ses autres triomphes, et se confondra à jamais avec les splendeurs du pontificat de Pie IX. Dieu est un maître magnifique I
Mais ces regards que l'ambitieux Marceau de 1840 désirait avec passion, il était trop fier pour les mendier, il voulait les emporter d'assaut. Jamais il ne consentit à rien solliciter; il refusa même de voirie roi. Comme on le pressait de se donner du mouvement pour monter plus haut,