‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 161 sur 178 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

que la foi attache à ces noms sacrés ; mais c'est un grand serviteur de Dieu, ce sont des prêtres catholiques qui les ont placés sur leurs lèvres et qui ont prié par leur bouche. En passant par ces pauvres âmes si malheureuses, ces noms seront arrivés au ciel tout empreints de charité, de compassion et de miséricorde.

V 'Arche d'alliance, ayant mis trente-deux jours à franchir le détroit, voguait rapidement dans l'océan Pacifique pour se rendre à Valparaiso. Le 4 avril, vers quatre heures du matin, tout à coup on entendit des brisants à tribord (1). Le navire était dressé contre d'affreux écueils et n'en était séparé que d'une encablure. Le naufrage avec toutes ses horreurs semblait inévitable : la plupart des matelots faisaient leur paquet. Au milieu de cet effroi et de ce désordre , seul le Commandant fut imperturbable. « C'est, disait un passa- « ger, le chrétien dont la foi au milieu des périls « est capable d'imposer silence à la mer et de « transporter les montagnes. > Sa confiance en

(1) Quelques détails techniques fournis par M. Vaultier, second de Marceau, qui a mis avec bienveillance son journal à notre disposition , feront comprendre aux hommes du métier qu'on ne peut attribuer la situation critique de V Arche d'alliance qu'à la force des courants. Le 3 avril 1846, à midi, les observations fixaient sa position par 34° 34' latitude sud, et 75° 49' longitude ouest. La route suivie de midi à minuit valait le N. N. E. et le 4, à dater de minuit Y Arche mit le cap au nord. Vers 4 heures, la brise mollit sensiblement.

Marie parut encore plus inébranlable que les rochers contre lesquels les vagues, montagnes amoncelées et bondissantes, mugissaient avec le fracas du tonnerre. Il fit mouiller l'ancre de bâbord (toutes les précautions que nécessite le voisinage de la terre avaient été prises dès la veille ) , et embarqua dans la chaloupe une forte ancre qui fut mouillée à 250 brasses au large, malgré la force de la houle. L'opération du déhalage s'exécuta heureusement et fut continuée une seconde et une troisième fois, jusqu'à ce que s'étant suffisamment éloignée de la côte, l'Arche, en sûreté, mouilla par quinze brasses fond de sable. Le calme et le sang-froid de Marceau avaient saisi d'admiration tous les gens de l'équipage. Par sa présence d'esprit, la sûreté de son coup d'œil et la précision de ses manœuvres il a conquis toute leur confiance. Désormais, quels que soient les périls (1), cette confiance bannira la crainte.

Ce jour se trouvait être le jour de la Compassion de Notre-Dame. LeStabat fut chanté avec un sentiment de compassion que rendaient plus vif le danger qu'on venait de courir et la reconnaissance qu'on devait à Marie. « Grâce à Elle, s'é- <r criait, en cette occasion, un passager, breton « sans doute, l'Arche d'alliance est assurée contt tre le naufrage aussi bien que la barque du Père

(1) Journal du second, M. Vaultier.

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