LIVRE III. — CHAPITRE II
* de Montfort, qui sert encore aujourd'hui au pas- ■ sage de la Loire, près de son embouchure. »
Marceau entrait le 7 avril dans le port de Yalparaiso. Le samedi-saint, au Gloria in excehis, au moment où toutes les cloches de la ville annonçaient la résurrection du Sauveur, V Arche d'alliance revêtit ses plus beaux ornements pour s'associer à la joie de l'Église. Ses dix-neuf pavillons nuancés de toutes couleurs formaient une gracieuse croix surmontée à la cime du grand mât par le pavillon de reconnaissance.
lis flottaient encore le jour de Pâques, et annonçaient qu'il y avait sur le navire grande réjouissauce. En effet, le Commandant avait eu la consolation d'entraîner à peu près tous les gens de son bord à remplir leurs devoirs religieux. C'était un bel exemple donné à tous les bâtiments de la rade. L'impiété s'en émut, et, pour prévenir la contagion, elle s'empressa de recourir à ses sempiternelles et imbéciles accusations de bigotisme, formules à l'usage du remords et de la sottise, et qui ne peuvent même effleurer une âme virile. Mais dans ce port Y Arche d'alliance fut exposée à un autre genre d'insulte, dont le Commandant garantit son pavillon avec autant de modération que de dignité. Un officier anglais envoyé, sans que Marceau le sût, par le Commodore , lui demanda à visiter le navire. Pensant que cette demande lui était adressée dans un simple but de
curiosité, le commandant de V Arche allait y consentir, lorsqu'il vit l'officier parler à voix basse à celui qui .'accompagnait. Ce mouvement lui donna l'éveil. * Avant de vous répoudre, monsieur, lui c dit-il alors avec politesse, permettez-moi de « vous demander à vous-même à quel titre vous t désirez visiter mon bâtiment. » L'ofiicier, qui venait réellement pour exercer une singulière surveillance que s'arrogeait le Commodore, répliqua que AI. le Commandant avait certainement le droit de lui refuser l'entrée de son navire. * Je vous lais « mille excuses, monsieur, reprit sur-le-champ <t Marceau, mais je désire user de mon droit, et « je regrette de ne pouvoir vous laisser aller plus « loin. » Les Anglais se retirèrent fort poliment. Lorsque plus tard Marceau apprit la tournure qu'une correspondance avait donnée à cet incident, en lui prêtant à lui-même un rôle fier et soldatesque, il en fut très-peiné et très-humilié.
La patience dont lit preuve le Commandant en cette circonstance n'était pas sans mérite. Avant sa conversion, il eût volontiers imité un chef d'escadre français, qui, arrivé dans sa croisière et apprenant que des Anglais, croiseurs comme lui, se permettaient sans façon de monter sur les bâtiments qu'ils rencontraient dans leur roule , donna cette consigne textuelle à la garde de nuit établie aux deux échelles de sa frégate : « Si un « canot aborde, laissez-le aborder; si des Anglais