LIVRE III. — CHAPITRE II
« montent, laissez-les monter; mais dès qu'ils au-
* ront touché le pont, empoignez-les, et jetez-les
* (il se servit d'un autre mot) à la mer du bord « opposé, pour leur apprendre à vivre. ^
Ce qui fait encore mieux ressortir la douceur de Marceau, c'est la fermeté qu'il déployait quand il s'agissait de la cause de Dieu. En une certaine occasion où il crut devoir parler avec force dans les intérêts du bien , quelqu'un prononça devant lui le mot de conciliation. <t La coûte ciliation, dit-il , est un devoir pour les catholi- « ques ; mais ce n'est pas le seul : la justice << aussi est un devoir pour eux, et chacune de ces a. vertus doit avoir son temps et sa place (1). »
« Cet homme, disait un missionnaire qui a vécu « longtemps avec lui, n'agit pas par impression, par « caprice ou par passion. Mais quand il a patienté a suffisamment et que son parti est pris dans la
* prière, il va droit devant lui comme un boulet
* de canon : aucune considération humaine ne « saurait l'arrêter. »
Nous n'entendons pas dire par ces mots qu'il ne pouvait pas se tromper quelquefois ( ce ne se-
(1) De tout temps il y a eu des esprits ainsi faits qu'ils n'envisagent jamais ladeiense que comme un scandale ajouté à celui de l'attaque, et quils unissent volontiers leur indignation à celle de l'ennemi quand les apôtres de la vérité s'efforcent de rendre leur voix aussi retentissante que celle des apôtres du mensonge. (Mer Pie, évêque de Poitiers.)
rait pas être homme); mais ceux qui, sous prétexte de modération, veulent pactiser avec toutes les erreurs, toutes les doctrines, se trompent bien autrement et d'une manière plus dangereuse. C'est à eux que l'Esprit-Saint jette cet anathème : Qui non est mecum contra me est (1).
Le mois de Marie. — Les Marquises. — Amour des humiliations. — Taïti. Nouveau péril. Foi de Marceau. — Le premier vicaire apostolique de la mélanésie et de la mlcronésie , monsei- GNEUR Épalle. — L'Arche d'alliance remit à la voile le mardi de Pâques, 14 avril. Comme les vents étaient contraires, le Commandant fut, à son grand regret, obligé de laisser les îles Gambier, changées par le zèle des missionnaires picpuciens en un paradis terrestre et de remonter jusqu'au 15e de latitude sud, pour y chercher les vents alises. Ces vents, en quarante jours, le poussèrent aux Marquises.
« Le premier mai, dit M. Sicard, un des office ciers de l' Arche d'alliance , M. Marceau nous « donna un grand repas. Nous nous mîmes alors « en belle humeur, et notre gaieté fit explosion. « Mais nous ne savions à quoi attribuer cette pe- « tite solennité. On disait au Commandant : C'est « votre fête. » Il nous répondit : « Non, messieurs,
(1) Celui qui n'est pas avec moi est contre moi.