LIVRE III. - CHAPITRE II
a. vous vous trompez, je m'appelle tout bêtement < Auguste. Mais c'est aujourd'hui le premier jour i du mois consacré à la sainte Vierge. »
a II me serait impossible, écrit un des passait gers, de dire combien, à dater du premier mai, « notre navigation a été heureuse et agréable; nous entrions en Océanie. Plus de mal de mer, a des vents toujours propices , une mer magnifi- « que, un beau ciel azuré; on aurait dit que « l'Arche d'alliance volait sur les flot» filant o neuf, dix, et quelquefois onze nœuds à l'heure. «. Mais la nuit il fallait diminuer de voiles, et avoir « sans cesse des hommes en vigie, parce que, ces « parages n'étant pas assez connus, nous avions à « nous mettre en sûreté du côté des écueils.
« Tout l'équipage a proclamé d'une voix una- « nime qu'après Dieu nous devions tout à la pro- « tection de la sainte Vierge. Le lieutenant du « navire, M. Romieux, ayant composé trois jolies « pièces de vers, où il rappelait les principaux « traits de la bonté de Marie envers nous au mo- « ment des dangers, on n'a cessé de les répéter « avec enthousiasme.
« Chaque soir, au coucher du soleil, avait lieu « l'exercice du mois de Marie. Passagers et maten lots, tous se pressaient autour de l'image de « notre bonne Mère. Les litanies de la sainte « Vierge, l'Ave maris Stella et les plus jolis can- « tiques du Luth de Marie n'ont cessé de retentir
« tour à tour sur la vaste étendue des flots. Pen- « dant la récréation qui suivait le souper, par un « clair de lune magnifique , la dunette offrait un « spectacle vraiment édifiant : des groupes d'of- « ficiers, de pilotins, de passagers, de mission- «. naires, confondus ensemble, récitaient sponta- « nément le rosaire, et fredonnaient toute la soirée « les louanges de Marie.
« C'^st aux Marquises que nous avons fini ce a moi?, délicieux, et fait, dans la joie de nos « cœurs, notre consécration à celle qui est pour « nous l'étoile bienfaisante et tutélaire de la « mer. »
Marceau reçut des officiers français en station aux Marquises un accueil si amical, que , dans son héroïque détachement, il se reprocha de se laisser aller imprudemment à une joie tout humaine. Quelques jours auparavant, ayant eu une légère discussion avec un des officiers de son bord, il se domina avec une telle énergie et s'humilia si profondément, que son amour pour les abaissements en prit un nouveau degré d'intensité. Il écrivait dans le cahier de ses résolutions : « Oui , ô mon « doux Jésus , être foulé aux pieds par tout le « monde 1 c'est là ce que je dois désirer. » Une autre fois, à peu près à la même époque, ayant fait par mégarde une chose qui pouvait le déconsidérer comme marin, il disait : «L'équipage va dire a peut-être que je ne suis bon qu'à dire des pa-