‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 167 sur 178 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

être coadjuteur et dont l'intrépidité lui servait de point d'appui. Deux traits feront connaître M*r Épalle.

Lorsque, quelques années auparavant, le père général de la Société de Marie, cédant à ses respectueuses prières, l'eut désigné pour la mission de la Nouvelle-Zélande, le jeune religieux, par l'avis des supérieurs, se rendit dans sa famille pour y passer quelques jours. Toutefois il avait résolu de cacher son projet à ses bien-aimés parents, et il croyait y avoir réussi. Mais un matin , avant même qu'il fût levé, un vénérable vieillard. .. son père!... entre dans sa chambre, le front empreint d'une profonde tristesse, et se met à genoux : « Mon « fils, dit-il, il est inutile de me cacher plus « longtemps votre dessein , ne me refusez pas « la seule grâce que j'aie à vous demander, et pro- « mettez-moi de ne pas partir avant que je sois des- « cendu dans la tombe. Mon âge avancé m'aver- « tit que je ne saurais vous faire attendre longci temps... j>

il était suffoqué parsoncbagrin. A ce coup inattendu, le missionnaire est ému jusqu'au fond des entrailles ; mais il maîtrise les mouvements de son âme, fait observer respectueusement au vénérable patriarche qu'il le place dans une bien pénible et bien douloureuse situation, qu'il est dur pour un fils de voir son père se mettre à ses genoux, dans un moment où il ne peut l'en em-

pêcher, et il le supplie de se relever et d'entrer dans la chambre voisine, afin que lui-même puisse prendre ses vêtements. Le père y consent, le fils s'habille aussitôt, et, sentant que le moment est décisif, il ouvre la fenêtre, s'élance, gagne la route et disparaît pour toujours. Tel fut son début dans la carrière apostolique Il est dans la

vie une heure, un instant, un point d'où dépend la vocation, quelquefois la sainteté, quelquefois même le salut.

En 1842, après avoir passé plusieurs années dans la Nouvelle-Zélande, le père Épalle revenait en Europe, pour le bien de sa mission. Une tempête horrible éclate, et tous les passagers, dans la plus affreuse anxiété, attendent en tremblant un naufrage qui paraît imminent. Le missionnaire alors , faisant un retour sur lui-même , examine avec soin , au flambeau de l'éternité , s'il tient encore à quelque chose sur la terre. Il lui semble qu'il est un peu attaché au chapelet monté en argent dont il se servait; sur-le-champ il le lance au fond de la mer et dit : « Maintenant je puis t mourir; je ne tiens plus à rien, » et il attend sa dernière heure avec sérénité.

On ne s'étonnera pas après cela de la réponse du père Épalle au supérieur général de la Société de Marie , lorsque celui-ci, le voyant usé par les travaux de tous genres qu'il avait endurés dans la Nouvelle-Zélande, lui offrait de rester en France.

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