CHAPITRE PREMIER
Vers le milieu du règne de Louis-Philippe, il y eut, sous le souffle d'en haut, dans notre marine française, un travail de rénovation chrétienne et de zèle actif dont les traces ne se sont jamais effacées depuis, et qui multiplie encore les conquêtes de la religion et de la vertu. Marceau, qui devait être le plus ardent apôtre de cette propagande, en ressentit, un des premiers, les heureux effets. Parmi ces vaillants de la foi qui agirent puissamment sur lui, un journal a nommé M. Raoul de Gouëdic , capitaine de frégate. Nous en pourrions nommer d'autres à qui notre ami avait voué une reconnaissance éternelle, si leur modestie ne nous imposait silence.
Un capitaine de vaisseau qui a porté à Marceau un coup décisif nous écrivait : « Je désire « vivement, et si j'osais me servir de cette ex- « pression, c'est la condition expresse des com- « munications que je vous fais, je désire que mon
« nom ne soit ni prononcé ni indiqué. Dieu se « sert d'une rencontre fortuite, d'une conversa- ( tion presque insignifiante, pour opérer son « œuvre. Nous sommes ses instruments à notre « insu, sans aucun mérite de notre part. Quand <t il nous emploie à la glorification de son nom « et au salut des urnes, c'est un honneur insigne « qu'il nous fait, et ce n'est pas cet honneur qui « nous donne quelque valeur à ses yeux; mais h seulement la manière dont nous y correspon- « dons dans notre conduite. » Admirable humilité d'un homme de guerre 1
Ce qui commença à toucher Marceau, ce fut la conversion de quelques officiers de marine dont il estimait les talents et dont il avait connu les principes et partagé les écarts.
L'un d'eux , embarqué avec lui sur un vaisseau, à l'époque où la flotte n'avait pas d'aumôniers, visitait souvent l'hôpital du bord : là, cet officier consolait les malades, exhortait pieusement les mourants. Marceau avait remarqué que lorsque ce camarade traversait la batterie pour se rendre sur l'avant du navire, les matelots se rangeaient en silence , se découvraient et lui témoignaient le plus profond respect. Ce spectacle lui faisait soupçonner que la religion , objet de ses mépris, avait une puissance s'imposant aux natures les plus rudes. D'ailleurs, ainsi que nous l'avons dit, son esprit n'était pas satisfait des doctrines qu'il avait