LIVRE II. — CHAPITRE I
embrassées. Les rares , les imperceptibles parcelles de vérité dérobées au christianisme et répandues dans les systèmes de Fourier et de Saint-Simon, entre lesquels il était hésitant, ne l'empêchaient pas d'apercevoir leur faiblesse et leur incohérence (1). « Pendant dix-huit ans, di- « sait-il, j'ai cherché Dieu sans pouvoir le trouce ver.» Enfin la grâce entrait insensiblement dans son cœur, et y semait des dégoûts, des désirs , des craintes, du trouble... C'était le trouble précurseur de la paix.
Une parole qu'il entendit augmenta ses incertitudes. Il se trouvait dans une réunion, présidée parle pontife de la religion nouvelle, Enfantin, le Père suprême, puisqu'il faut l'appeler par le nom que lui donnait la secte. Celui-ci recevant une lettre, la parcourut avec indifférence; puis faisant un geste de dédain : a Voilà quelqu'un, « dit-il à haute voix, qui sera bientôt des nôtres, » et il donna la lettre à Marceau qui lut : « Mon- « sieur, je viens vous prévenir que , mettant fin « âmes indécisions, je me suis confessé et j'ai « communié. Veuillez donc dorénavant ne plus
(1) On lisait dans un journal le 20 mars 1859 : « Le
« Père N Père Enf.inlin (un tics anciens chefs du saint-
« simonisme) donne, comme loul le inonde, des bals déguisés. « Une solennité travestie et dansante a eu lieu chez l'ex-dieu, « qui était déguisé en Égyptien, au milieu de ses ex-disciples, « revêtus eux-mêmes de costumes plus ou moins grotesques. « Voilà comment finissent les religions du XIXe siècle. »
« me parler de vos opinions, dont je suis plus « éloigné que jamais. Cela amènerait desdiscus- « sions pénibles, et je tiens à rester votre dé- «' voué, etc... ». « Comment 1 reprit Marceau, vous « dites qu'on est des nôtres quand on vous écrit « qu'on se confesse! » — « Vous ôtes trop jeune « pour comprendre ces choses-là; vous ne voyez « pas que N... dont nous ne pouvions rien faire « à cause de sa légèreté, de ses indécisions, de « ce mouvement inquiet qui cherche toujours et « ne se fixe à rien, va revenir à la pensée par la « religion? Et puis, ne savez-vous pas que nous « sommes la fin de toutes choses, et qu'il faut pas- « ser par le catholicisme pour arrivera nous? »
Enfantin, il faut bien en convenir, exerçait une sorte de fascination sur ses disciples. Il suffit, pour s'en convaincre, de compter les intelligences d'élite qui se groupèrent autour de lui. En cette occasion, le trait alla plus loin que sa pensée.
Ce mot : // faut passer par le catholicisme, fut pour Marceau, ainsi qu'il le racontait lui-même, iin coup de barre. Il baissa la tête, comme frappé d'une lumière soudaine, et il se dit : «Mais je « n'ai pas passé par le catholicisme, moi. C'est « peut-être la voie qui mène à la vérité. Je ne puis « juger de la doctrine saint-simonienne en cono naissance de cause. » Il se retira pensif et rêveur, et subissant à son insu ce mouvement secret qui pousse vers les personnes chrétiennes lésâmes