LIVRE II. — CHAPITRE I
souffrantes, inquiètes et avides de consolation, il alla rendre visite à une dame, qu'il plaisantait souvent sur sa piété et ses pratiques religieuses. Un sombre nuage était sur son front. « Mais qu'avez- « vous donc, Monsieur Marceau, aujourd'hui? » dit-elle, après les premiers compliments d'usage. 11 hésita, se défendit quelque temps avec maladresse de nouvelles questions : o Eh ! bien, je vous a avouerai, répondit-il enfin, que je suis boule- « versé d'un mot que je viens d'entendre. » Et il raconta ce qui s'était passé.
Cette dame avait de la charité et du zèle, comme en ont toujours ceux qui sont animés d'une piété véritable. Elle saisit avec empressement cette occasion d"être utile, et dit à Marceau qu'il faut alors franchement essayer du catholicisme et aller se confesser. « Vous vous moquez, reprend celui-ci, « et cependant ce que je vous dis là est fort sé- « rieux! » — « Je ne me moque point du tout. « La parole qui vous a blessé, part de plus haut. » Et la foi de cette vertueuse femme s'animant encore davantage, elle ose, malgré les dédains de l'officier, lui parler de la sainte Vierge et l'engage à se recommander à elle. Les préoccupations de Marceau allèrent toujours croissant. Une autre conversation, qui est arrivée jusqu'à nous, révèle le travail intérieur qui se faisait en son âme. Un jour qu'il paraissait triste, quelqu'un lui dit : « Mais je « ne comprends pas ce qui pourrait vous rendre
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a sombre et chagrin. Rien ne vous manque de ce « qui peut donner le bonheur. » — « Il est vrai, « répondit-il, qu'en un sens rien ne me manque- « rait, si le bonheur pouvait se trouver dans les « choses de la terre. Quant à la fortune, je crois « être dans une position assez avantageuse pour « en acquérir. (Plusieurs personnes distinguées désiraient le faire entrer dans leur famille.) Mais « le cœur de l'homme est ainsi fait, que si j'avais « deux millions, je voudrais en avoir davantage. o J'avoue aussi que je parais encore être en bonne « voie, à cause de ma place et du nom que je « porte, pour la carrière des honneurs; mais ce « que j'obtiendrais ne remplirait pas plus mon « cœur que ce que je possède. Je pourrais de « plus, il est vrai, comme vous dites, ajouter à ce « qu'il y a d'agréable dans ma situation, par une « alliance convenable ; mais qui m'assure que je « trouverais une épouse aimante et que je ne se- « rais pas trompé, par une erreur irrémédiable, « sur les qualités de celle à qui je m'unirais ? Lors « même que ce malheur ne m'arriverait pas, il « pourrait se faire que cette épouse douée de « cœur et d'esprit n'eût pas pour moi un véri- « table attachement. En|inje suppose que je fusse « le plus heureux et le plus aimé des époux, après « tout la mort viendra un jour briser ces liens, « et la jouissance ne m'aura procuré que de plus « grandes douleurs... Dieu seul, je le sens, Dieu