‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 22 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

« seul peut remplir mon cœur. Je me le dis sou- « vent, et si je savais le vouloir je trouverais « peut-être le grand secret du bonheur. » — « Bah ! bah ! dit son interlocuteur en riant, Mon- <( sieur Marceau, vous voyez les choses trop en « noir!... »

Ce fait est arrivé dans une grande réunion, au milieu des joies bruyantes d'une soirée de plaisirs; toute la compagnie était très-gaie, Marceau seul était triste. Lorsqu'il fut ainsi interpellé il avait tout d'abord répondu : « Je cherche Dieu ». Celte réponse divertit beaucoup ceux qui l'entendirent. Tant il est vrai que les hommes, qui sont l'ouvrage de Dieu, se sont écartés de leur fin qui est Dieu !... Il est bien vrai aussi que les réunions mondaines et les bals ne sont guère les lieux où l'on trouve ce que Marceau cherchait.

Nous ajouterons que les paroles de Marceau, prises dans un sens trop exclusif, renferment quelque chose de faux, et sembleraient supposer que la vie dévote et l'état du mariage sont incompatibles, ce qui, dit saint François de Sales, est une erreur et même une hérésie. En effet le Créateur qui appelle la plupart des hommes à cette vocation, les appelle tous à la sainteté. Quelque étal que nous ayons, dit le même saint, nous pouvons aspirer à la vie parfaite.

Aux inquiétudes qu'il jetait dans le cœur de son fils dévoyé, le Seigneur joignait, pour le rappeler

à lui, les moyens extérieurs. Un petit enfant, dans lequel la mère de Marceau et sa sœur avaient mis tout leur bonheur, et en quelque sorte leur vie, vint à mourir. Ce fut un coup terrible pour cette famille, et les cris de douleur profonde et d'amer désespoir qui vinrent jusqu'à l'oncle de l'enfant, ébranlèrent son âme tout entière. Sa correspondance, que nous avons sous les yeux, est un témoignage non équivoque de son chagrin , mais surtout de l'extrême embarras où il se trouve. Ses lettres sont fréquentes, affectueuses; il voudrait verser quelque baume sur la plaie saignante de sa sœur désolée, mère de l'enfant ravi à leur amour, et sur les douleurs de sa propre mère. Leur parlet il de son amitié, il est compatissant, il est tendre...; mais, dès qu'il aborde les motifs de consolation, il devient sec, froid; on sent qu'il ne sait lui-même où en puiser pour les leur offrir; il se tourne en tous sens, il fait mille efforts ; ses efforts sont vains, et, dans une lettre secrète à sa mère, il en reconnaît lui-même la stérilité. «Au « fait, dit-il, quepuis-je offrir à cette pauvre sœur, « en compensation de tout ce qu'elle aperdu?je a ne vois rien qui lui reste. » Une fois le mot de Providence s'échappe, incompris, de ses lèvres incroyantes. Il semble qu'il l'emploie comme un remède, ainsi que ces médecins incrédules, mais habiles, qui parlent de la piété à des malades pieux, pour opérer sur leur santé une utile réaction. Il ose

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