LIVRE II. — CHAPITRE I. Vi
« homme de bonne volonté, pour que l'avéne- « ment de Jésus-Christ se fasse en votre âme ; il « faut que vous disiez en quelque sorte Fiat, et la « foi , que vous n'avez pas , s'enfantera en vous « par un acte caché de la grâce. Car la foi est une « vision de l'âme (1) ; de là vient l'étonnant spec- « tacle desmartjTS, dont beaucoup étaient illet- « très et n'auraient pas pu appuyer par des rai- « sonnements suivis tous les articles de leur « foi (2). Tel fut à peu près notre début. — Mais
(1) « En réunissant, pour la conversion d'un incrédule, l'en- « semble merveilleux d'arguments que la bonté de Dieu -i « formé autour de la vérité chrétienne, il ne faut pas oublier « que toute celte démonstration demeure inefficace tant que le « philosophe n'a pas accompli, avec le concours de la grâce, « Vacte d'humilité qui donne l'entrée à la foi dans son intelli- « gence. La foi est de la volonté. Personne ne croira, à moins « que préalablement il n'ait voulu croire. Dieu exige cet hom- « mage. C'est une grande illusion de s'imaginer qu'on peut •< amener de plein pied le philosophe à la foi en raisonnant « avec lui, en réfutant ses erreurs, en relevant ses contraJic- •> lions, en lui montrant que la vérité existe en toute sa pléni- « tude dans le christianisme; tous ces travaux sont utiles, « nécessaires même ; ils peuvent servir de préparation ; mais, « sachez-le bien, votre philosophe n'arrivera à la conversion « que le jour où, se renonçant lui-même, il dira à Dieu : Sei-
« gneur, je suis prêt à tout devant votre souveraine vérité. Que
« faut-il que je croie? » (Dom Guéranger.) « Vous avez cherché la foi par l'étude et par la science, di-
« sait le P. Perrone à un célèbre protestant; c'est très-bien;
« cherchez-la maintenant par la prière, et vous la trouverez. »
Il le fit, et ses cruelles agitations cessèrent, et il croit. (2) « Le christianisme a été prêché par des ignorants et cru
« par des savants, et c'est en quoi il ne ressemble à rien de.
« ce que vous me diles là est nouveau, reprit- il, « avec une larme que je vis rouler dans ses yeux, « vous me bouleversez ; vous heurtez mon intelli- « gence... Mais n'importe; vous pourriez avoir « raison. Si quelque chose vient de Dieu, cela doit « être au-dessus de ce que peut produire l'homme. « Poursuivez ; je vous écoute. » — Et notre entrece tien se prolongea. A partir de ce jour, nous « nous vîmes aussi souvent que les occupations « qui me retenaient à bord purent le perce mettre (1). »
Ainsi le trait s'enfonçait de plus en plus dans le cœur de Marceau; vainement, comme saint Paul, voulait-il regimber contre l'aiguillon, la plaie ouverte par Jésus-Christ s'agrandissait à chaque instant et elle devenait pour lui une source de douleurs sans cesse renaissantes, douleurs de l'enfantement à la vie de la grâce Mais il n'était
pas encore terrassé.
« connu. » (De Maistre.) Si dans le premier siècle un philosophe eût dit : Que savent donc et que font donc de si merveilleux vos chrétiens ? On eût pu lui répondre : Ce qu'ils savent, ils savent vivre; ce qu'ils font, ils meurent Cet
argument en vaut bien un aulre.
(1) Voir les Impossibilités ou les libres-penseurs désavoués par le simple bon sens, par Mer Parisis, 1857. 11 est impossible, après avoir lu cet ouvrage, de trouver l'incrédulité raisonnable, si Von sait raisonner.
L'obscurité des mystères est très-lumineuse et ces choses qu'on ne peut comprendre sont cependant les choses qui expliquent tout.