LIVRE II. — CHAPITRE I
« vous rendre. Ici l'indifférence serait un crime « contre la raison; la question est trop importante « pour qu'on la méprise. Vous pourriez bien être « aussi, Marceau, sous l'influence du démon. Quoi « qu'en disent les esprits forts, le démon tente « les hommes et s'efforce de les retenir dans ses « filets. » — Et il lui fit au sujet du démon , de sa nature, de ses tentations et de ses ruses, un long discours qui produisit sur Marceau une telle impression que, longtemps après son retour à Dieu, il en parlait encore. Nous en trouverons bientôt des réminiscences dans ses lettres. Du reste , cet officier ne fît que développer la doctrine de l'Église. Marceau reprit donc ses lectures avec une nouvelle ardeur, et cette fois avec la volonté sincère de reconnaître la vérité et sans arrière-pensée. Puis il en conférait avec ses amis quand il avait occasion de les voir. Il lut et relut, avec une attention sérieuse, le Christ devant le siècle ou nouveaux témoignages des sciences en faveur du Catholicisme, par M. Roselly de Lorgues, ouvrage publié en 1835, et qui a fait sur le monde savant et religieux une sensation si profonde. L'auteur, qui cherchait la vérité pour lui-même, fît les dépouillements immenses dont il a tissu son ouvrage, pendant une lente maladie qui semblait le conduire au tombeau. Marceau étudia encore le livre : De la Mort avant l'homme ou du péché originel, par le môme écrivain.
M. du Bois-Guenheuc, capitaine du port de Nantes, a aussi rapporté que Marceau, se promenant à Toulon et étant entré par désœuvrement dans une chapelle où prêchait M. l'abhé Marin, entendit une phrase qui le frappa extraordinairement, et qui a puissamment contribué à sa conversion.
Peu à peu la lumière se fît dans son âme. « Qu'il me tarde, » avait-il écrit à sa mère , le 22 juin 1841 , en revenant d'Alger, « d'aller te voir, « ainsi que ma pauvre désolée sœur. J'espère que « mon affection la consolera un peu. Et puis, je « te dirai, chère mère, qu'il me semble qu'en or nous occupant , tous trois réunis, des grandes « vérités de la religion, nous saurons trouver de a la force dans nos malheurs. » Deu:< mois seulement après cette première ouverture, le 23 août 1841, Marceau envoyait, de Toulon, à sa mère, la lettre suivante : « Tu es effrayée souci vent, ma chère mère, de l'espèce de malheur « qui semble s'attacher à nous qui, aux yeux des « hommes, passons sans doute pour ne pas le « mériter... Moi aussi , tu le sais, j'ai été quelce quefois révolté de ce malheur incessant.
« Aujourd'hui, je crois que nous en devons « bénir le ciel. Ma chère mère , tout ce qui vient « de nous arriver m'a ouvert les yeux. Tu n'i- « gnores pas que dans mon désir de trouver le bien « et la vérité, éloigné que j'étais de la religion