‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 29 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

« catholique, je me suis jeté, autant que mon « genre de vie me le permettait, dans l'étude de « la philosophie. Tu m'as entendu dire comhien « je m'étais trouvé heureux de cette étude. Ma a raison était comme satisfaite d'avoir reconnu « la vérité par sa propre force, et ce contente- « ment a duré tant que je n'ai pas eu à souffrir, a Mais lorsque la mort de ce pauvre enfant est « venue nous frapper d'un coup si inattendu, et « que j'ai voulu chercher dans ce que je savais « des motifs de consolation , tu l'as vu , honne « mère, je n'ai trouvé autre chose que ce que « nous enseigne la religion; et songeant au bon- « heur d'aller vous embrasser, je désirais l'étu- « dier avec vous pour cette raison.

a Toutefois , je le sens aujourd'hui, j'étais peu « préparé à cette étude; les succès que j'avais « eus depuis six ans m'avaient rempli d'orgueil , a et la religion demande des cœurs humbles. « Quand j'ai vu mes espérances d'avancement « frustrées, ces espérances qui étaient bien fon- « dées sur quelques titres, j'ai ressenti une vive « blessure d'amour-propre, et disposé, comme «je l'étais à l'avance, par le malheur de ma a sœur, j'ai reconnu la vérité de la parole : « Vous serez puni par où vous avez péché. »

« Dans ce même moment, j'étais en relation « plus intime que par le passé avec un de « mes amis, lieutenant de vaisseau, qui d'homme

« incrédule et très-dissipé est devenu catho- « lique fervent, et causant avec lui, je le priai « de me prêter quelques ouvrages savants sur « la religion. Je les ai lus , et ce qui n'aurait pas « eu lieu autrefois , je les ai compris. Je ne puis « pas dire, hélas ! que je suis aujourd'hui chré- « tien; mais enfin, bonne mère, j'entrevois qu'a- (c vant peu j'aurai le bonheur de l'être.

a Quanta toi, qui es meilleure que moi, cette « grâce te sera donnée bientôt, je l'espère. Oh! « crois-moi, le soulagement qu'a éprouvé Évé- « lina dans ses douleurs, par les simples visites « d'une pauvre religieuse qu'elle ne connaissait « pas, parle assez haut pour que tu n'hésites « pas à reconnaître une action de la Providence s dans le coup qui te frappe. Je serai heureux, si « ta première lettre me fait espérer que tu penses « comme moi...

« Adieu, bonne mère; je t'embrasse, et aussi « cette pauvre Évélina. J'espère que, malgré nos « chagrins, ou plutôt en raison de nos chagrins, « tu pourras arriver à connaître le vrai bonheur « sur cette terre. L'espoir de te voir tourner vers « le Seigneur me rend, je t'assure, beaucoup « plus calme. Adieu encore; je vous embrasse et « vous aime de cœur. »

Par cette lettre, on voit que Marceau avait fait de rapides progrès dans la connaissance de la vérité, et que cette vérité se réfléchissait déjà

Page 1