‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 30 sur 178 · LIVRE IL — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IL — CHAPITRE I

dans sa conduite et dans son langage. Sa faiblesse semble s'y manifester encore par l'espèce de honte qu'il a de revenir sur ses pas, et le besoin qu'il éprouve de se justifier.

Tout cependant n'était pas fait. Les ténèbres amassées dans son esprit par les préjugés, il est vrai, avaient fait place à la lumière, et il croyait à la divinité du catholicisme; mais il ne savait pas qu'on dût aller plus loin ; du moins, il n'osait peut-être pas se l'avouer à lui-même. Il dit donc à son ami : J'ai lu, j'ai réfléchi, et je crois. Je suis converti.

« Mais il ne suffit pas de croire, lui répondit le « vertueux officier de marine , il faut pratiquer, « prier, et se vaincre soi-même. » Il ajouta : « Pour combattre et se vaincre , il faut souvent « faire le signe de la croix, qui est le signe du « chrétien et de notre rédemption, signe terrible « à l'enfer. » Marceau parut très-étonné; mais il fut convaincu.

« Ainsi donc, continua son généreux ami, il « faudra pratiquer maintenant; et d'abord vous « devez commencer par prier. — Mais je ne « sais plus de prières; il y a dix-huit ans que je « n'ai pas prié. — Vous réciterez le Pater et « Y Ave. » — 11 le promit.

« Peu après, dit Marceau, je me promenais « dans mon jardin, et réfléchissant à tout ce qui o m'avait été dit, je voulus faire le signe de la

« croix. Je portai la main droite à mon front; « mais aussitôt je me retournai avec effroi de « tous côtés, pour voir si on m'apercevait. In- « digne contre moi-même, j'achève de marquer « sur moi le signe sacré de notre salut. Au même « instant, j'éprouve dans tous mes membres « comme un frisson électrique; une transpira- « tion subite couvre mon corps... Je ne savais a plus ce qui se passait en moi, je sentais que je « venais de faire quelque chose de grand. Mille a sentiments opposés et indéfinissables se pres- « sant dans mon cœur, je tombe à genoux dans ce « jardin même, en fondant en larmes; j'essaie de « dire le Pater, je l'avais oublié. Je rentrai chez « moi , je cherchai le livre de prières de ma do- « mestique, et j'y lus le Pater et Y Ave. » Dès lors Marceau pria. Aussitôt qu'il eut commencé à prier il se sentit plus fort.

Nous ne devons pas omettre ici une circonstance que nous avons recueillie dans une lettre à sa mère , et dont il lui rendait compte peu après :

« Le premier jour où j'essayai de prier, et « lorsque je me relevai, il me vint subitement à « l'esprit : Et ta médaille de la sainte Vierge?... « Ce souvenir était pour moi tout un événement. « Il se lie à la grande maladie que je fis en 1836. « Lorsque je revins mourant du Sénégal, on me « transporta, tu le sais, de Brest au Mans, chez a cette bonne dame de Vaaguyon, notre parente.

Page 1