LIVRE II. — CHAPITRE I
a Et maintenant le prêtre que j'ai en vue est « absent, et j'ai résolu de l'attendre, en pensant a que je n'étais pas assez bien préparé. Mais qui « sait si ce prétexte ne m'a pas été inspiré par le « mauvais esprit? Aussi, ma bonne mère, je te « dis : Fais ce que je te dis et non ce que je fais, o Ah! vois-tu, aujourd'hui je ne me moque plus a de ce que nous enseignent les prêtres... »
L'officier de marine qui avait mis Marceau en rapport avec l'abbé Olivier étant revenu d'Afrique sur ces entrefaites, et voyant les hésitations de son ami : o Mon cher, lui dit-il , peu importe que vous « vous confessiez à tel ou tel, l'important est que « vous vous confessiez au plus tôt; suivez-moi. » Et il le conduit à M. Marin, aumônier des bagnes. On prend jour pour le lendemain. Marceau, fidèle au rendez-vous, arrive à l'église indiquée et se met à la suite des femmes qui entourent le confessionnal. Là, à genoux sur le sol, il attend deux heures. Lorsque enfin il peut se présenter : «Pourquoi, « lui dit l'aumônier, ne m'avez-vous pas fait aver- « tir? — Mon Père, répond Marceau, il y a dix- « huit ans que Dieu m'attend avec patience ! je a pouvais bien attendre deux heures; puis, ici il « n'y a pas de distinction ; chacun à son tour. »
Dieu seul connaît ce qui se passa alors. Il vit les larmes de repentir du nouveau pénitent, et entendit, dans sa miséricorde paternelle, l'humble et sincère aveu de ses fautes.
« Toutefois, dit-il, je n'avais pas encore reçu a l'absolution sacramentelle. » Et, soit que ses passions ne se soumissent pas aussi vite à la vertu, que son esprit s'était rendu à la vérité, soit qu'il y mît quelque négligence , cette affaire traînait un peu en longueur. Un dimanche, il était allé faire visite à la famille d'un officier, et se trouvait avec la maîtresse de la maison, Madame G...., lorsque tout à coup, pendant la conversation, un orage épouvantable éclate sur leurs têtes... «Ce a sont les plus horribles tonnerres, dit-il, que j'aie «jamais entendus de ma vie, et j'ai toujours « pensé que, dans son infinie miséricorde, Dieu « les avait fait gronder pour moi, pour moi seul. » Lui qui n'avait jamais tremblé, il tremblait cette fois de tous ses membres, en pensant à l'état dans lequel était son âme. « Ah! si Dieu me frappe, se « disait-il à lui-même, pour me punir de mes re- « tards et de mon peu de courage, je suis perdu o pour une éternité ! » Soudain le nuage se déchire au-dessus de la maison , tous les appartements sont secoués violemment, et la foudre craque avec un éclat si saisissant, que Madame G...., par un mouvement involontaire et sans prendre congé, se lève et s'enfuit... Lui-même éperdu, tombe à genouw „ il supplie Dieu de l'épargner, de lui laisser le temps d'achever sa confession, lui promet avec larmes de ne plus différer et de se corriger de ses défauts. (La foudre tomba à quel-