LIVRE IL — CHAPITRE I
ques pas de la maison.) « Le matin, dit-il, j'avais « mal parlé de quelques personnes ; je vis, dans « ce moment, que je péchais surtout par leman- « que de charité et par l'orgueil, et qu'une habi- « lude invétérée m'entraînait toujours à critiquer « mes chefs. Je résolus de me vaincre, et de brûa 1er, en arrivant chez moi, certains rappo?-ts. »
Il brûla en effet des articles sur la vapeur qu'il destinait à la publicité et où il ménageait peu ses chefs.
Pendant que le Seigneur faisait ainsi trembler Marceau , il l'invitait, par sa miséricorde, à revenir à lui. «Jusque-là, racontait notre officier, le bruit « du tonnerre m'avait toujours causé un vrai « plaisir. J'étais fier d'avoir eu peur. Ah! me di- « sais-je, que Dieu est bon de mefaire éprouver un « sentiment que je ne connaissais pas , afin de se « communiquer à moi ! » Et cette pensée ouvrait son cœur à la confiance et le disposait à tous les sacrifices.
Ce fut un coup décisif. Dès le lendemain il était aux pieds de son confesseur, et il se mettait à l'œuvre avec une ardeur nouvelle. Aux examens de conscience qu'il faisait déjà depuis quelques jours, à midi et le soir, il ajouta la pratique salutaire de noter, sur un tableau, ses manquements et ses victoires, et il veilla, avec le plus grand soin, sur ses pensées et sur ses paroles , afin d'éviter tout ce qui pouvait être contraire à la charité.
Quant à la garde de son cœur, il l'avait confiée à Marie, et dès qu'un souvenir, une image, une impression venait l'assaillir, il se jetait vite entre ses bras et la suppliait, avec de vives instances, d'effacer aussitôt ces impressions funestes. Sous ce rapport, il était étonné lui-même de la force extraordinaire qu'avait acquise son âme, presque subitement; il l'a attribuée à la protection toutepuissante de la Très-Sainte-Vierge, à la médaille de l'Immaculée Conception, qui semblait lui donner un autre cœur depuis qu'elle reposait sur sa poitrine. Cette promptitude à fermer brusquement la porte devant la tentation en poussant un cri vers Marie, c'est toujours la victoire.
Enfin, le 8 octobre 1841, Marceau recevait l'absolution sacramentelle, et le lendemain , à l'autel de la Très-Sainte-Vierge, il scellait sa réconciliation avec Dieu par la réception de l'adorable Eucharistie.
La grâce avait triomphé. Alors notre ami fut à Dieu, tout à Dieu ; et en commençant, il commença parfaitement. Le nouvel Augustin avait trente-six ans.
Voici en quels termes Marceau rendait compte de cet événement mémorable : o Lorsque je me « vis au pied de l'autel , au moment de la com- « munion, une pensée vint agiter mon âme. Crois- « je à la présence réelle?... mais je méprisai la o tentation et ne répondis rien. Puis, le prêtre