CHAPITRE IL
MARCEAU DEVIENT L'APOTRE DE SA FAMILLE APRÈS SA CONVERSION. GÉNÉROSITÉ DU FILS ET DE LA MÈRE.
Issue d'une famille noble et profondément religieuse, orpheline à six ans, plus malheureuse par conséquent que coupable, la mère de Marceau s'était trouvée de bonne heure, par suite de circonstances exceptionnelles, jetée dans une voie qui n'était pas celle des siens, et loin des traditions de foi antique qui avaient protégé son berceau et sa première enfance. L'isolement se fit alors autour d'elle , et elle s'enfonça de plus en plus dans le chemin de l'incrédulité.
C'est là maintenant que revient la trouver son fils, à l'endroit même d'où, il était parti rour se lancer dans des égarements bien autrement profonds. Il est beau, il est édifiant, il est utile de voir l'impie terrassé , transformé sur-le-champ en apôtre, entraîner dans le mouvement de grâce qu'il subit les cœurs qui lui sont chers. Il est beau de le voir, à chaque pas nouveau qu'il fait dans la pratique religieuse ou dans la perfection, se retourner aussi vers eux, en leur disant : a Sui-
« vez-moi», et devenir le père spirituel de celle qui lui donna le jour.
A peine Marceau avait-il entrevu que la vérité pourrait bien se trouver dans le catholicisme, qu'il s'était hâté, on s'en souvient, de faire part à sa mère de son intéressante découverte, et déjà il cherchait à exciter en elle le désir d'étudier la religion.
Il ne s'en tint pas là; à mesure qu'il faisait quelques progrès dans cette connaissance , il se servait des lumières nouvelles qui venaient éclairer son esprit, pour dissiper les ténèbres amassées par d'anciens préjugés.
« Il m'est impossible de croire à des punitions « éternelles, » écrivait Mme Marceau; et lui, pour ne pas heurter de front la sensibilité de sa bonne mère, et sans s'arrêter d'abord aux preuves immédiates de ce dogme, il se contentait de rappeler la divinité de Jésus-Christ; puis il concluait : « Donc tout ce qu'a annoncé le Sauveur est vrai. « Il a dit que ceux qui l'écouteront auront un a bonheur éternel, que ceux qui le renieront au- « ront une éternité de malheur et de souffrances; « je le crois, et je le soutiendrai de toutes mes « forces, sans chercher à expliquer la justice de « Dieu, quoique cela puisse se faire par les lu- « mières de la raison, ainsi que je m'en suis con- « vaincu. Du reste, bonne mère, souviens-toi de « ce qu'a dit Jésus à ses apôtres, au moment de