LIVRE II. — CHAPITRE
« a été rendu à la santé. As-tu songé à remercier « Dieu, autrement que par une parole? Avons- « nous été avertis par cette mort simulée? Non; « nos cœurs étaient tellement éloignés des pra- « tiques de la religion, qu'il fallait qu'il nous « l'enlevât tout à fait pour nous réveiller. Nous « n'avons pas le droit de murmurer. Il ne faut « pas dire : Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous pris a par un endroit si sensible? mais bien : Merci, « ô mon Dieu , d'avoir su trouver en moi un « endroit assez sensible pour me toucher et m'at- « tirer à vous. »
Puis Marceau exhortait vivement cette mère si tendrement aimée à recourir au tribunal de la réconciliation. Il comprenait fort bien que c'était là que Dieu avait mis le bonheur pour elle, et que la lumière se ferait dans son âme dès qu'elle l'aurait épanchée avec humilité aux pieds de Jésus-Christ, en la personne de son ministre.
« Je regrette bien , écrivait à son fils la mère « de Marceau, que tu ne sois pas auprès de nous, a pour diriger mon choix. » — « Ah ! pauvre « bonne mère, lui répondait celui-ci, crois-tu « donc que je sois bien compétent dans les afo faires de ce genre, moi qui commence à peine? « Mais Dieu, qui s'est montré si bon pour nous, a semble nous conduire en tout par la main. La « sainte religieuse qu'il t'a envoyée te nomme « un prêtre qu'elle dit homme de paix et fait
« pour ramener les âmes égarées. Prends-le « comme venant de Dieu lui-même. Bonne mère, « le mauvais esprit cherche à t'en détourner par « des raisons frivoles, parce qu'il voit que cette « démarche assurera ton retour. »
Lorsque Marceau parlait ainsi, il ne s'était pas encore approché du tribunal de la réconciliation. Un mois après avoir écrit cette lettre, excité luimême par les vives exhortations qu'il adressait à sa famille, il avait commencé et achevé sa confession, et reçu l'Eucharistie. Aussitôt, il se hâte de faire part de son bonheur à sa mère, et la prie de s'associer à la félicité qu'il éprouve.
« J'ai vu clairement, lui dit-il le 20 octobre a 1841, au moment solennel où j'avais dans mon « âme la sainte hostie, que la mort de cet enfant « est le plus grand bienfait que Dieu pût nous « accorder, et je lui ai dit, en le sentant aussi « vivement que le plaisir que j'ai de t'embrasser a après une longue absence, je lui ai dit du fond « de mon cœur : 0 Jésus, je vous remercie. Sans « cela, vois-tu, bonne mère, toi et moi nous vict vrions , comme nous avons toujours fait, en (( honnêtes gens aux yeux du monde, mais en u coupables aux yeux de Dieu, et nous aurions a pu être séparés l'un de l'autre pour l'éternité; « ou si nous avions été réunis , c'eût été dans le a lieu des peines, où notre réunion eût été un ci malheur. Tous les jours, continue-t-il, je me