LIVRE II. — CHAPITRE II
« sens plus reconnaissant envers Dieu. Plus j'é- « tudie, plus je me fortifie dans les croyances « que l'Église nous enseigne. »
Pour répondre à une demande faite par sa mère, Marceau lui indique brièvement les ouvrages savants et apologétiques dont la lecture l'a convaincu ; mais après les avoir énumérés, il l'engage avec tact à lire, de préférence, le Manuel de VArchiconfrérie du saint Cœur de Marie, livre de sentiment, plus approprié à la nature de celle à qui il écrit. L'homme revient à la foi par la raison , la femme par le cœur.
Pour exciter sa mère à marcher elle-même dans la voie où il s'avançait, il lui faisait part de ses joies , du calme merveilleux et inexplicable dont il jouissait, ne rêvant plus, comme autrefois, ses rêves d'ambition et de richesses, et se fortifiant dans l'habitude du service de Dieu et l'étude de sa loi. « Ce repos d'esprit, lui disait-il, est pour moi et quelque chose de si extraordinaire, si plein de « bonheur, que cela seul m'engagerait à perséa vérer, dans le cas où je serais tenté de retour- « ner en arrière. Sans doute, ajoutait-il, ce calme « est parfois troublé; de temps en temps j'ai à cornu battre; mais après chaque lutte je suis plus « tranquille que je ne l'étais autrefois, lorsque « je me laissais aller à toutes mes passions et à « tous mes défauts. Je passe aujourd'hui mes « journées dans ma chambre, occupé à lire et à
« écrire, tandis qu'autrefois je ne savais pas res- « ter deux heures chez moi. J'espère enfin ar- « river à travailler. J'en ai un vif désir du moins, « et en le voulant , en le demandant à Dieu, fen « viendrai à bout. » Et il concluait par une respectueuse exhortation, empreinte des sentiments les plus tendres que puisse inspirer la piété filiale. « Ah! bonne mère, tu as un a trop beau cœur pour ne pas devenir enfant de « Dieu. »
On voit avec quelle force de volonté Marceau se portait au bien, et avec quelle humilité il ne comptait que sur la prière, par laquelle on obtient la grâce. Volonté forte et prière : voilà ce qui fait les saints.
Un jour, repassant tous les soins dont il avait été entouré par la Providence, et examinant les divers ressorts qu'elle avait mis en mouvement pour l'œuvre de sa conversion, il s'écriait, dans son langage tout militaire : a 0 ma bonne mère, « pour peu qu'on regardât autour de soi, on se- « rait amené à reconnaître que Dieu fait, afin de « ramener un seul homme dans le bon chemin, « plus qu'il ne faudrait afin de sauver tout un « régiment. Mais quelquefois, hélas! on ferme « les yeux pour le plaisir de soutenir qu'on ne « voit rien. »
C'est ainsi qu'il se mettait en jeu lui-même, afin de faire sortir, avec plus de convenance, de