LIVRE II. — CHAPITRE II
ce qui lui était personnel, des leçons utiles ou même sévères.
II profitait de tout pour porter à Dieu sa mère. 11 lui avait parlé de la médaille dite miraculeuse, de sa merveilleuse origine en 1830, de sa surprenante efficacité pour les maux de l'âme et du corps. — « Ah! pourquoi, avait-elle dit, toujours « préoccupée de regrets bien légitimes, pourquoi « notre pauvre ange ne la portait-il pas? — Pour- « quoi, ma bonne mère? parce que nous ne « croyions, ni toi ni moi. Vois-tu, bonne mère, « je ne saurais mieux dire; nous avons tué Geor- « ges , tout comme nous avons mis à mort Jé- « sus-Christ, par nos infidélités à la grâce, par « notre éloignement de la religion. Mais la perte « de ce cher enfant, fruit de notre indifférence « pour Dieu, a été, dans les desseins du Seigneur, « une grande miséricorde et pour lui et pour « nous. Ayons confiance en Dieu, bonne mère; a demandons-lui l'un et l'autre tout ce qu'il « nous faut pour revenir complètement à lui. « Il est venu nous chercher lorsque nous ne « pensions pas à lui; ah! maintenant, si nous « avançons d'un pas pour le trouver, il ne nous « laissera pas faire la plus grande partie du ehe- « min. »
L'excellente mère de Marceau lui ayant offert le buste de l'enfant qu'on pleurait avec des larmes si amères : « Je serai heureux, lui dit-il,
« d'avoir dans ma chambre l'image de ce neveu « bien-aimé. Mais ne le pleure pas trop. Là où <i il se trouve, nos larmes ne doivent pas lui être « aussi agréables que nos remercîments à Dieu « de nous l'avoir enlevé pour en faire un bien- « heureux. Il me semble qu'il doit nous prendre « pour des morts pleurant un vivant. Espérons « en son intercession auprès de Dieu. »
On comprend ce qu'une pareille correspondance (et nous n'en donnons que de faibles extraits) devait produire sur une personne qui aimait Marceau d'une affection si tendre, et qui depuis longtemps dirigeait tous ses regards vers cette intelligence d'élite, vers ce beau et noble caractère, l'orgueil de sa vie, son conseil et l'espoir de la famille. Il lui apparaissait tout à coup comme un saint, et sa plume, trempée dans la la foi, lui envoyait sans cesse quelques-unes de ces paroles de vie qui surprennent, ébranlent, et semblent un écho de l'éternité; paroles inimitables dont la grâce seule a le secret. Aussi, dans l'étonnement de son admiration, sa bonne mère communiquait-elle ces écrits, si nouveaux pour elle, à la religieuse qui la visitait. Marceau ayant appris que celle-ci avait conseillé de conserver une de ces lettres : « Veuille dire à sœur Marie, « écrivait-il à sa mère (le lecteur sera surpris « d'une telle pureté d'intention, dans un homme « converti depuis un mois seulement), veuille