‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 44 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II

« J'étais abonné au spectacle avant de songer « à revenir à Dieu; et bien que j'aie une place « dans une loge, je n'ai plus pensé à y remettre « les pieds, depuis que j'ai reconnu que je sortais « de là moins bon que je n'y étais entré. C'est cette « seule raison qui m'a décidé tout d'abord ; et au- « jourd'hui, ce motif n'existât-il pas, je ne saurais « y aller, parce que c'est du temps perdu (1).

« Lis les nouvelles, si tu veux, quoique je ne « voie pas bien à quoi cela peut te servir; mais « pour les feuilletons, n'y jette jamais plus les a yeux. »

Tel est le jugement d'un militaire , dont l'esprit certes n'était pas étroit, vingt-six jours après sa conversion, sur ces feuilletons pestilentiels dont tant de cbrétiens, dont tant de femmes qui se croient très-chrétiennes, ne se font pas scrupule de faire leur pâture, parce que le poison y distille goutte à goutte, au lieu de couler à pleins bords comme dans les autres romans.

Marceau termine cette lettre par un trait touchant d'humilité, qui montre de quel pas il marchait dans la voie de Dieu. Après avoir raconté à sa mère que son confesseur est l'aumônier du ba-

(1) L'importance accordée au théâtre est une mesure infaillible de la dégradation des nations. Ce thermomètre n'a jamais trompé. (De Maistre.)

Une dame demandait à Bourdaloue si la fréquentation des spectacles pouvait jeter quelque désordre dans l'arne : « C'est à vous, Madame, de me répondre ».

gne , il ajoute : « Je lui disais un jour (avant d'a- « voir reçu l'absolution) : Vous avez un forçat de « plus maintenant; caries chaînes du diable que « je porte, et son boulet que je traîne sont autre- « ment lourds que ceux des galériens. C'est du « reste, ma chère mère, bien bon pour moi, homme « perdu d'orgueil, d'être obligé, lorsque je me a trouve à ses genoux avec mes épaulettes sur « mes épaules, de penser que je suis , à ses yeux, « moins avancé dans les sentiers du bien que « plusieurs de ces malheureux couverts de la caa saque rouge. Oh ! la sublime chose ! Et quelle « autre qu'une religion divine pourrait donner « de tels enseignements et produire un tel spec- « tacle? Voilà des hommes que réprouve le « monde , qui peuvent devenir et deviennent « quelquefois des saints aux yeux de Dieu , sont « absous par un prêtre et se nourrissent de Dieu « lui-même, qui est la pureté par essence, à la « table eucharistique. Ce fait seul me paraît une « preuve irrésistible en faveur du Catholicisme. « 11 en est mort un dernièrement, qui, chaque « fois qu'il venait à confesse ( on ne me l'a pas « nommé, bien entendu), ne savait de quoi s'acu cuser, et répétait toujours : « Je suis heureux ; « seulement mes chaînes ne sont pas assez lour- « des. Pourquoi les gardiens ne me maltraitent- « ils pas! » Imagines-tu, ma mère, un plus « beau spectacle que celui-là!....

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