LIVRE II. — CHAPITRE II
a sommes dans les larmes , que nous comprenons « mieux les choses de Dieu, c'est-à-dire, les « seules choses dans lesquelles nous puissions « trouver le bonheur. »
Dans une occasion importante, où Marceau demanda à sa mère un sacrifice héroïque, auquel cette âme généreuse consentit courageusement, le fervent chrétien se mit à genoux devant elle , et lui dit : a Ma mère, je t'en supplie, ne fais pas <r cela par amour pour moi; que ce soit unique- « ment par amour pour Dieu. »
Nous en avons assez dit pour faire voir que Marceau fut l'apôtre de sa famille.
Xous clorons ce chapitre par quelques paroles de notre ami, placées ici par anticipation.
« Ma mère , me disait-il quelques mois avant sa « mort, est revenue aux pratiques de la vie chré- « tienne, en même temps que moi je suis revenu « au Seigneur. Alors cette bonne mère m'écrivit : « Je me suis pleinement abandonnée à la sainte « Vierge; je lui ai tout donné. » Je lui répondis « que sans doute elle avait oublié quelque chose « dans son offrande et qu'elle n'avait pas pensé « à sacrifier son fils et sa fille. Ce fut un coup « d'épée pour ma mère; cette seule idée faisait a fendre son cœur. Alors elle va se jeter aux « pieds de Marie, et comme ses entrailles mater- « nelles frémissaient à la vue de ce sacrifice et « que d'un autre côté la grâce la sollicitait de ne
« rien refuser, elle supplie la Vierge des douleurs « de lui obtenir la force nécessaire pour immoa 1er, en ses deux enfants , le seul bien qui lui « restât sur la terre. Puis, après avoir versé un « torrent de larmes, elle fît son sacrifice avec « une foi magnanime, et m'écrivit : « Mon en- « fant, il m'en a bien coûté; maintenant j'ai tout « donné. »
Elle ne revint jamais sur cette offrande; et quand, peu après, Dieu appela son fils à l'évangélisation de l'Océanie, elle pensa que le Seigneur usait de ce qui lui appartenait; il ne lui vint pas même à l'esprit de chercher à le retenir, quoiqu'elle le vît briser son avenir temporel, et que l'éloignement de ce cher enfant dût priver sa vieillesse et peut-être sa mort de consolations si légitimes.
« Cette bonne mère , disait Marceau , ne défi mande qu'une chose, la volonté de Dieu pour « moi. »
A son retour d'Océanie, en 1349, quand il alla vénérer Notre-Dame, à la Salelte, sa mère lui écrivit qu'elle serait heureuse de l'y accompagner. Marceau en lui répondant lui dit : « Souviens-toi, « ma bonne mère, que la Sainte-Vierge, la Vierge « de la Salette, est Notre-Dame des Sept-Doua leurs. Il doit t'en coûter beaucoup en marchant « sur ses pas. Elle a bien souffert à cause de son « fils. — Je le sais, écrivait cette digne femme;