LIVRE II. — CHAPITRE III
« lui ravis le cœur de son épouse, le monde « rira ; et pourtant, même aux yeux de la raison, « mon crime est bien plus grave, puisqu'il est ir- « réparable et qu'ilneme sera jamais possible de « rétablir la confiance dans la famille que j'aurai « perdue. »
Ce fut comme l'éclat d'une bombe au milieu de la troupe élégante et libertine. Mais que répliquer? Il fallut reconnaître que les plus grands coupables ne sont pas toujours ceux que la loi civile envoie aux galères , et la morale avait eu un vengeur.
Marceau était à la table d'un des grands dignitaires de l'État, en compagnie de plusieurs convives. Le maître de la maison s'aperçut qu'il refusait ce qui lui était présenté, et lui adressa quelques paroles bienveillantes. « C'est qu'aujourd'hui a c'est maigre, » répondit tranquillement Marceau. On fut étonné, on dut sourire. Mais le brave officier ne savait biaiser ni dans sa conduite ni dans ses paroles, et il eut été chrétien aussi bien à la table du roi qu'à l'église.
Saint François de Sales dit que la lecture de la vie des saints et des serviteurs de Dieu l'emporte sur les livres spirituels, autant que la musique chantée l'emporte sur la musique simplement notée, et c'est un vieil adage plein de vérité que celui-ci : Verba movent, exempta trahunt : la parole émeut, l'exemple entraine. Marceau, après sa
conversion, embrassa avec zèle ce moyen de renouvellement. Ce fut la profonde impression que lit sur lui la vie admirable de Mlle de Lamouroux, fondatrice de l'œuvre de la Miséricorde de Bordeaux, qui l'engagea à adopter ces sortes de lectures. « Elles ranimaient sa foi, » disait-il. Il fut surtout touché des œuvres de Marie Eustelle , jeune ouvrière de Saintes, dont les écrits ont été publiés par Mgr Villecourt, évêque de la Rochelle, plus tard cardinal de la sainte Église romaine. Les transports de cette amante passionnée de l'Eucharistie étaient, pour l'âme de Marceau, comme des charbons ardents. « On dirait, écrivait-il, que « ces pages ont été composées sous la dictée d'un « chérubin! Que de joie on éprouve en voyant qu'au « milieu de toutes nos misères il y a des cœurs « ainsi unis à Dieu, et dont les prières arrêtent les « bras de sa justice ! Gomme je me trouvepauvre à « la vue de ces âmes embrasées ! » Et pour faire participer son prochain au bien qu'il avait retiré de la lecture de cet ouvrage, il s'empressa de le répandre parmi ses amis et ses connaissances.
0 Marceau ! ô Eustelle ! intrépide soldat de Jésus-Christ, aimable vierge du tabernacle, ô vous qui avez fait passer de si doux moments à votre humble biographe; pourrais-je vous trouver tous deux réunis sur ma route, comme vous l'êtes depuis longtemps dans mes travaux et surtout dans mon cœur, sans m'arrêter devant vos nobles et