‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 54 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

célestes figures, pour les saluer, en passant, avec un tendre et saint respect. Que j'aime à voir ce lion et cette colombe attachés par un même lien au même autel!

Quand le démon voit une âme embrasser avec une invincible générosité le parti de la vertu, il cherche assez ordinairement à la pousser au scrupule, soit afin de retarder sa marche en l'embarrassant, soit afin de la dégoûter du service de Dieu en remplaçant le joug suave du Christ par un dur esclavage. L'esprit droit et sincère de Marceau, et surtout la grâce du Seigneur, le préservèrent de cet écueil. Un matin (c'était dans les premiers temps de sa conversion), comme il se disposait à approcher de la sainte table , de vaines et sombres inquiétudes s'élevèrent subitement dans son âme. « Mes craintes, se dit-il, sont une tentation : « voici le moment de tordre, à tout jamais, le cou « au scrupule ; en avant donc ! » C'est la seule trace que nous trouvions dans sa vie de ce genre d'épreuve, et c'est une victoire.

Marceau était extrêmement touché des enseignements de l'Église catholique au sujet du dogme du purgatoire. « Qu'elle est donc belle et douce, « disait-il, cette religion qui nous fournit le moyen « non- seulement de rester unis pendant notre vie, « mais de nous secourir après notre mort, ce terme « au delà duquel le mondain ne voit qu'un abîme a horrible et sans fond, où son regard se perd avec

effroi! » Il s'inléressait vivement aux âmes souffrantes ; il priait, il communiait pour elles. 11 se procura la prière qui commence par ces mots : En ego, ô bonect dulcissimeJesu! à laquelle est attachée une indulgence plénière applicable aux défunts quand on la récite, les jours de communion, devant l'image du Sauveur crucifié, en y ajoutant un Pater et un Ave aux intentions du souverain Pontife : pratique si facile et qu'on ne saurait trop recommander. Il racontait un jour à sa mère, qu'il plaçait le mérite de ses bonnes œuvres sur la tête de ses chers trépassés, et que cette considération le faisait veiller avec plus d'ardeur sur lui-même, afin de pouvoir contribuer davantage à leur soulagement. Ayant perdu, dans des circonstances trèsdouloureuses, quelqu'un qu'il aimait tendrement : « O mon cher ami, s'écriait-il, si durant votre vie «j'ai été réduit par mes désordres passés à ne « pas vous venir en aide, autant que je l'aurais dû, «je ferai tous mes efforts, j'en forme le ferme pro- « pos, pour obtenir de mon Sauveur Jésus toutes les « grâces qui pourront vous être nécessaires ! Soyez « mille fois béni, ô mon Dieu, vous qui m'avez « appris comment je peux encore, aujourd'hui, « réparer les torts que j'ai eus pendant mes éga-

« rements envers ce cher »

Rien n'échappait à la vigilance de Marceau, quand il s'agissait de se vaincre. Un jour, il s'aperçut à l'église d'un petit mouvement de respect

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