LIVRE II. — CHAPITRE III
humain qui le portait à ne pas se mêler au chant de l'Église. Immédiatement il se mit à chanter avec ferveur, sans se préoccuper de ses voisins.
« Il est une chose que vous n'avez pas assez re- « marquée, touchant notre héroïque ami, nous « disait le commandant N... après notre première « édition. Dès qu'il se fut converti, Marceau écri- «vait, sans exception aucune, qu'on fût général, a soldat ou mousse, à tous ceux auxquels il pensait a pouvoir être utile, mais seulement pendant le « temps qu'il pouvait être utile. En dehors de ces « limites sévères toute correspondance cessait. Il « avaitimpitoyablement brisé ces milles liens dont « le monde enlace ses adeptes. Il en a ainsi agi « avec moi. Je recevais de lui des lettres immenses, « multipliées. Dès que j'eus renoncé à mes pas- « sions et qu'il me crut fixé dans le bien, il inter- « rompit ses rapports. Une leçon si énergique « devrait m'être plus profitable que les lettres dont a il m'a privé. Il en a agi ainsi, même avec l'abbé «Marin. Ce dernier me disait': « Marceau s'est o tellement donné à Dieu, qu'il n'écrit plus, même a à ses meilleurs amis. »
L'officier qui nous a parlé des airs insultants que Marceau avait avec ses camarades, disait en I86o: « A Toulon, du soir au lendemain son extérieur « changea. Il fut admirable d'humilité toutd'abord. « On vit en lui le combat, on comprit la victoire, u Écoutez. Il se passait dans l'établissement de N...
« des faits très-graves que ne pouvait soupçonner « le ministère. Sur ce chapitre Marceau prenait feu « chaque fois '.j'essayais de le calmer, en lui dite sant : A chacun son œuvre. Mais un matin il « m'arrive avec un grand cahier sous le bras : « Tenez, me dit-il, voici un mémoire sur Lift sez, annotez si vous le jugez convenable, et, « certes, il partira! » Le surlendemain,, mon brave « camarade revient. Il était rayonnant. — Eh! « bien, mon cher, quf dites-vous de mon travail? « — C'est très-lucide, lui répondis-je, très-remar- « quable, et de nature à nous amener une enquête. « Je me permettrai seulement une question : Le a mémoire vous a-t-il été demandé? — Non. — « Croyez-vous donc, mon ami, que votre devoir « exige que vous le produisiez? Pour moi, je ne a le pense pas. »
a A ces mots je crus revoir le Marceau d'avant la conversion, le Marceau de 1840. — « Ah ! c'esi « bien vous! s'écria-t-il avec violence. Toujours a l'homme à temporisation! Vous ne voyez donc a pas monter le flot des abus, etc., etc., etc. Et « le voilà parti! — Deux jours après, il rentrait a calme, serein, avec ce bon sourire et ce bel œil « intelligent, suave et tendre que vous lui avez « connu comme moi : « J'ai vu le bon Père L..., « me dit-il avec une simplicité touchante, je lui a ai communiqué monmémoire;il pense aussi que «je ne dois l'envoyer au ministre que dans le cas