LIVRE II. — CHAPITRE III
a gneur et la sainte Vierge, et enfin je pus dire, « au moment de l'élévation , dans toute la pléni- « tude de ma volonté : Mon Dieu, je vous promets « de ne jamais écrire tant que M. D... sera à ce « poste, et de servir sous ses ordres avec toute « l'humilité possible, d
De pareilles victoires, souvent répétées, donnaient à son âme une vigueur nouvelle ; il en était étonné lui-même. Un jour, ayant causé sans aigreur avec un ancien chef de timonerie dont il croyait avoir à se plaindre, et ayant supporté sans se révolter le manque d'égards de deux gardiens, il disait : a 0 mon Dieu, je vous remercie de la « grâce que vous me faites, d'être bienveillant et « patient, moi autrefois si gonflé d'orgueil ! Oh ! « grand Dieu ! comment pourrais-je jamais vous « méconnaître, après les grâces infinies que vous a avez répandues sur moi, pour me changer en « tout? »
« Voici, nous écrivait en 1864 un médecin ob- « ^ervateur, le portrait de Marceau à quarante ans, a alors que l'homme de la nature et l'homme « transformé par la grâce se trouvaient combinés : « Son front, dans de belles proportions de hau- « teur et de largeur, n'avait point la placidité de « l'homme par tempérament pacifique. Aux rides « qui le sillonnaient, aux mouvements qui l'agi- « taient, on reconnaissait le calme après la tem- « pète. Sa bouche était bien proportionnée, mais
« naturellement dédaigneuse. Une barbe nourrie « et ferme, indice de force, encadrait sa mal « figure. Le nez (ce qu'il avait de moins bien dais « le visage) respirait la sensualité. Son œil brun, a grand, expressif, magnifique, se mouvait sous « un épais sourcil dont les contractions fréquentes « rappelaient l'officier exigeant, ombrageux, irri- « table d'autrefois. On ne pouvait donc pas dire « que l'expression de ce regard fût douce et « aimable ; mais ce qu'il avait de sévère en soi « était tempéré par tons les charmes de la cha- « rite. Le coupabi^ lui-même n'était plus inti- « midé ; dans cet œil lançant et retenant des « éclairs, il lisait distinctement son pardon et l'ace mour d'un père. »
Tout avait été pour l'ancien Marceau un objet d'orgueil; pour le nouveau tout devenait un objet de lutte. Quiconque avait été témoin des éruptions continuelles de cette nature volcanique, saisissait le chrétien aux prises avec lui-même jusque dans les moindres détails et s'étonnait de voir de plus en plus s'éteindre le cratère.
« Lorsqu'il se mit à ma poursuite, disait un u marin distingué, pour me ramener à Dieu, il « commença par me prêter le Christ devant le « siècle, m'engageant fortement à étudier des « livres religieux. Son volume resta plus d'un « mois dans ma chambre. Un matin il entra : Je « suis forcé, mon ami, de partir, me dit-il, je