‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 58 sur 178 · LIVRE II— CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II— CHAPITRE III

« viens reprendre mon livre. » Je le lui montre. « L'avez-vous lu? » reprend-il. — Pour un monde « je n'aurais trompé Marceau. — Non, je ne l'ai « pas ouvert. » L'action de prendre le livre, de le « mettre sous son bras, de me faire ses adieux, a sans l'ombre même d'un reproche, tout cela fut a si calme, si simple, que je ne l'oublierai de ma « vie. Je l'avais connu, peu avant, si vif, si or- « gueilleux, que j'étais écrasé à la vue du triom- « phe qu'à chaque instant ii remportait sur lui- « même. »

Un homme qui fut et un grand génie et un grand saint, Ignace de Loyola, énonçait au sujet des caractères énergiques et impétueux les maximes suivantes : « Une seule de leurs victoires sur « eux-mêmes est préférable à un grand nombre « d'oeuvres saintes que d'autres font sans peine « en suivant leur humeur douce et facile. Ils sont « même généralement plus propres aux grandes a choses dans le service de Dieu, lorsqu'ils tour- « nent leur impétuosité naturelle du côté de la « vertu. En effet, ils ne se contentent pas alors « des choses communes , mais ils se roidissent « contre les difficiles et ne se relâchent jamais. »

Depuis Ignace lui-même, peu d'hommes autant que Marceau ont offert une vive et saisissante application de cette maxime.

Mais si l'intrépide officier domptait la colère en l'attaquant de vive force, il est une autre passion

plus séduisante dont il triomphait par la fuite. Il avait compris que dans ce genre de combats la victoire est pour les poltrons, ainsi que disent les maîtres de la vie spirituelle. Nous avons raconté ailleurs avec quelle vigilance il surveillait les moindres mouvements de son cœur, et comment il recourait à la Reine de la pureté, afin de conserver la plus belle de toutes les vertus. A l'exercice de la prière et de la vigilance il joignait une garde exacte des sens. Il y avait à peine quelques jours qu'il était revenu à Dieu, lorsque, étant allé au restaurant, il s'aperçut qu'on engageait à ses côtés une conversation légère; il se hâta déterminer son repas et de sortir.

Ayant découvert au fond de son cœur un certain penchant pour une personne à qui il avait rendu de grands services, il résolut de donner à ses rapports quelque chose de froid et de réservé, et de s'entourer des précautions que les saints recommandent. Quand il y manquait, il se le reprochait vivement, ou même il s'imposait des pénitences sévères. Il veillait avec soin sur ses yeux, suivant le conseil de l'Esprit-Saint : Pepigi fœdus cum oculis meis ut ne cogitarem guidem de virgine, et si quelque regard soudain blessait involontairement ou amollissait son âme, il s'élançait sur-le-champ, ainsi que nous l'avons dit, dans les bras du Seigneur, en invoquant Marie. Il trouva une force particulière dans l'invocation si

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