LIVRE II. — CHAPITRE III
connue : « Par votre Immaculée Conception et « votre perpétuelle virginité, purifiez mon cœur « et ma chair, ô très-pure Vierge Marie. Ainsi- « soit-il. » Enfin, en très-peu de temps , par la grâce de Dieu et par ses efforts, l'angélique vertu parut lui être devenue comme naturelle.
Il est vrai que sa mortification laissait peu de prise en lui au démon. En effet, dès le premier instant de sa conversion, il commença à déclarer la guerre à son corps : hanc viam tenuere omnes sancti (1). Il était sans cesse occupé, et en voyant la liste des ouvrages de religion, de philosophie ou de piété qu'il avait entre les mains, durant les premières semaines, nous avons été autant édifié que surpris. Un de ses amis les plus chers, qui se trouvait en rade, lui ayant annoncé sa visite : « Venez dînera terre avec moi, lui écrivait-il; ce u sera du temps gagné. » Aussi sévère pour lui qu'il avait été autrefois indulgent, il allait même j usqu'à se reprocher une lecture inutile, une visite trop prolongée. Il sentait que la vie chrétienne est essentiellement une vie sérieuse, occupée. Que d'autres qui l'oublient!
« Mon fils, disait saint Philippe de Néri à un « pénitent, si vous ne mortifiez votre bouche, « vous ne deviendrez jamais un saint. » Marceau entendit la grâce lui tenir le même langage au
(l) Tous les saints ont fait ainsi.
Tond de son âme ; il retranchait sans cesse quelque chose à ses repas, et faisait en sorte de ne pas satisfaire entièrement son appétit.
Il diminua notablement le temps qu'il donnait au sommeil, et se proposa de n'accorder à son corps que six heures de repos, afin de l'assujettir et d'avoir plus de temps à consacrer à la prière, au zèle, à ses devoirs d'état. Nous savons aussi que trois mois après sa conversion, pour faire acte de travail, s'humilier et économiser quelques centimes dans un esprit de pauvreté évangélique, il se mit plusieurs fois à préparer lui-môme, à cirer sa chaussure. Pour les mêmes motifs sans doute, on le vit à cette époque choisir, afin de se rendre de Toulon à Hyères, une des places réservées ordinairement aux pauvres dans les voitures publiques; et un de ses camarades nous a cité avec éloge les précautions économiques qu'il prenait dans l'administration de son petit ménage, lui qui autrefois n'épargnait rien. Enfin il pratiqua, dès le principe, le conseil de Jésus-Christ : « Si « quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il prenne « sa croix, et qu'il se renonce lui-même; » il le pratiqua avec tant de ferveur, que déjà au mois ile mars 1842, cinq mois seulement après sa conversion, un officier très-recommandable le plaisantait sur sa vie de pénitence la plus absolue. Déjà aussi il commençait à être, dans un certain monde dévot, l'objet de critiques amères; et lorsqu'il