‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 60 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

l'apprit, il en fut d'abord un peu inquiet. Il ignorait encore que tous les saints ont passé par cette voie, et que la mortification, l'humiliation, c'està-dire les vertus qui font les héros chrétiens, n'ont jamais été du goût du monde, même d'un certain monde pieux. Si hominibus placerem, Christi servus non essem (1). Le démon ne redoute guère les vertus qui ont toujours été applaudies.

Et le monde , il faut bien le dire, a partout ses représentants, au moins par intervalles, même dans les asiles les plus saints, les compagnies les plus parfaites, et pour ainsi dire jusque dans le vestibule même du paradis. Quand le chef futur de l'Église prétendait détourner le Christ de sa passion et se faisait donner par le Seigneur le nom de Satan, quand Jacques et Jean demandaient par leur mère au Messie d'être les deux premiers de son royaume , quand les apôtres se disputaientla prééminence, ou lorsqu'ils voulaient faire tomber le feu du ciel sur une cité coupable, Pierre, Jacques, Jean, tous les apôtres, en ces moments étaient du monde. JSescilis cujus spirilûs estis, disait Jésus-Christ (2). Il y a le

(1) Si je plaisais aux hommes, je ne serais pas le serviteur du Christ. (Saint Paul). — Il ne faut pas oublier que le même saint Paul disait aux fidèles : « Peromnia vobis placeo. Je fais « tout pour vous plaire. » Autre chose est de déplaire au monde en pratiquant la perfection évangélique, autre chose est de lui déplaire par sa rudesse. Ne confondons pas. (2) « Vous ne savez pas quel esprit vous pousse. » t. i. 3

monde et le respect humain de la vie chrétienne , religieuse, sacerdotale, comme il y a le monde de la vie terrestre et charnelle. Le dernier pousse au péché et à l'enfer; le premier empêche d'aspirer à la perfection ou de la pratiquer : après le péché , c'est le plus grand de tous les malheurs. Partout, pour être tin saint, il faut plus ou moins lutter, et premièrement contre soi-même. Partout la sainteté est comme le salut... une affaire personnelle, purement personnelle.

Dès les premiers temps de son retour à la religion, Marceau fut porté par la grâce et s'appliqua avec ferveur à se soumettre en toutes choses , dans les plus grandes comme dans lesplus petites, à la volonté de Dieu. Ce sentiment se retrouve partout dans ses lettres. « J'aurais eu bien du « plaisir à vous embrasser, écrivait-il à un de « ses chers amis; mais puisque Dieu a décidé « qu'il n'en serait rien , il faut que je me réjouisse « d'avoir ce sacrifice-là à faire à sa sainte voit lonté. »

Un an après sa conversion, nous trouvons Marceau à l'abbaye de Notre-Dame de la Trappe, à Meilleraie. La vue de ces hommes de Dieu, dont la figure rayonnait de joie et même de santé, lui Qt une vive et profonde impression; il porta envie à leur sort; mais loin de prendre le change, et de se laisser détourner de ses devoirs d'état par cet édifiant spectacle, il prit la résolution

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