LIVRE II. — CHAPITRE III
d'être de plus en plus fidèle à les remplir. « Si « Dieu, disait-il à un ami, veut, dans sa sagesse « infinie, que nous restions dans la marine, où « npus avons tant d'occasions de chutes, ou pour « mieux dire d'épreuves, sa bonté nous ménagera « toutes les grâces qui nous sont nécessaires. « Dans la marine, au milieu du monde, nous « trouverons cette paix que ces bons religieux « possèdent dans leur cloître, parce que nous « correspondrons à la volonté de Dieu. Là est « tout le secret du bonheur sur cette terre : cor- « respondre à la volonté de Dieu! »
« La foi, dit l'officier de marine que nous « avons vu sur le Triton, en 4841 , répondre aux « difficultés de Marceau, la foi, en entrant dans « cette âme ardente et généreuse , en avait tout « d'abord fait un saint , et je lui répétais souvent « que l'élève avait laissé son maître bien loin « derrière lui !» Nous le verrons, en effet, jusqu'à la fin de sa vie , faire ses efforts pour régler ses pensées , ses jugements , ses paroles et ses actions sur les jugements, les paroles et les actions de Jésus-Christ, sans se préoccuper de la sagesse du monde. La foi est un sixième sens.
Marceau était un jour dans un café de Lorient, où se trouvait une nombreuse et brillante réunion d'officiers de toutes armes. Un des plus éloquents l'apostropha ainsi avec un ton solennel : « Bah ! « mon cher Marceau, lisez Eugène Sue, et vous
« apprendrez à connaître parfaitement le cœur « humain. » C'était alors le grand règne de cet ex-ehirugien auxiliaire de la marine. — « Erreur 1 « répliqua froidement Marceau, lisez avec soin un « seul verset de l'Imitation, et seulement alors « vous pourrez connaître le cœur humain » (1) !
L'Écriture sainte a dit : Le frère gui est aidé par son frère, est comme une forte citadelle. Aussitôt que Marceau fut à Dieu, il se mit à chercher des cœurs avec lesquels il pût s'exciter à la pratique du bien et se fortifier dans ses résolutions. « Que je suis « heureux, disait-il, quand il m'est donné de « passer de bonnes heures à parler du bon Dieu!»
Nous avons tout lieu de soupçonner que lui-même créa cette réunion de jeunes officiers qui édifièrent tant les Toulonnais. Ces militaires s'imposaient une habitation modeste, une pension convenable mais sobre; à la fin de chaque mois versaient leurs économies dans les mains du fondateur d'une maison de refuge; rivalisaient de zèle dans toutes les œuvres de l'apostolat chrétien.
Un de ceux avec qui Marceau se lia plus intimement, était M. l'ingénieur Guérin, dont la mort a été encore plus belle que la vie. Mme Gué-
(1) Sait-on l'ignoble origine d'une des productions perverses d'Eugène Sue? « Il y a cent mille francs à gagner en « attaquant les Jésuites, » dit le journaliste Véron. Voilà l'histoire du Juif errant. Ni Véron, ni Eugène Sue ne haïssaient les jésuiles.
(Rapporté par M. Paul Féval, après sa conversion.)