LIVRE II. — CHAPITRE IIÎ
rin frappée du choléra, allait expirer. « 0 mon « Dieu, dit ce digne homme, mes enfants ont « plus besoin de leur mère que de moi. Acceptez « ma vie en échange. » Et le ciel exauça cette héroïque demande, le plus bel éloge qu'un père puisse faire de son épouse.
« J'ai besoin, écrivait Marceau à un de ses « amis, de venir auprès de vous corriger les « défauts qu'a augmentés chez moi l'éducation « polytechnicienne. Aussi est-ce avec bonheur « que je lis, dans vos lettres, tous ces détails « pieux qui me font comprendre cette religion du « cœur, que je ne saurais avoir de moi-même.» Son âme était dès lors tellement éprise de Dieu, que cet amour, lorsqu'il pouvait l'épancher librement, lui faisait oublier, en quelque sorte, ce qui se passait autour de lui. Un jour qu'il se trouvait à Nantes, au restaurant, prenant son repas, un voyageur s'approche, se nomme... c'était M. Dupont de Tours, connu depuis dans toute la France par sa sainteté. Aussitôt Marceau se lève, l'embrasse, et écartant son assiette, il se met à causer avec lui sans respect humain de Dieu, du bonheur qu'il y a de lui appartenir, de ce que sa gloire exige de notre dévouement. Une heure, deux heures, trois heures s'écoulent; on écoutait les deux nouveaux amis avec curiosité, avecétonnement; les convives se succédaient autour d'eux, leurs saints entretiens duraient
toujours... Il se faisait tard. Enlin, on vint avertir qu'on allait fermer le restaurant. Marceau ne s'était pour ainsi dire aperçu de rien. « Je n'oublierai u jamais, nous a dit son fervent interlocuteur, « cette première entrevue. »
u 11 semble, écrivait Marceau, le 14 septembre a 1843, à un officier converti comme lui, il « semble qu'on ait peur de revenir sur le seul u sujet qui mérite de nous occuper et qui soit a intarissable... Dieu! — comme le temps passe « quand on parle de Dieu ! Heureusement que h nous aurons toute l'éternité pour nous en enu tretenir. »
Mais c'est par les actes, plus que par les paroles, que se prouve et que s'entretient l'amour. Dès les commencements, Marceau s'adonna avec ardeur aux œuvres de miséricorde, a On en a be- * soin, disait-il , pour ne pas se refroidir dans la « charité. » Il appelait les pauvres ses frères et les privilégiés de Dieu, et il avait pour eux, en quelque sorte, le respect qu'il aurait eu pour la personne même de Jésus-Christ. Pourrait-on ne pas être touché en lisant les paroles suivantes , qu'il écrivait peu de mois après sa conversion? « Je vais souvent à Recouvrance, dans la petite « chapelle de la sainte Vierge, où je me trouve, « je crois, en très-haute compagnie. Car je ren- « contre là des gens bien recueillis, couverts « souvent de haillons, et je suppose que ce sont