LIVRE II. — CHAPITRE III
« tum (1)! mais peut-être encore davantage au a restaurant, où il y a une ou deux personnes « qui ne savent pas dire une parole sans y placer « un blasphème. J'ai été comme eux. Vous com- « prenez que je dois les prendre en grande com- « passion, eux qui servent à me rappeler com- « bien j'ai été misérable ! » Ne semble-t-il pas qu'on entend Paul dire à son fidèle ami Timothée :« J'ai été un blasphémateur, un persécu- « teur et un ennemi outrageux du Sauveur; mais « Jésus a eu pitié de mon âme, afin de faire éclater « en moi sa miséricorde et d'encourager, par « mon exemple, les hommes qui croiront en lui « à espérer, malgré leurs péchés, la vie éter- « nelle. »
Cette vive compassion qu'exprime ici Marceau pour les blasphémateurs, il la portait à tous ceux qui ne connaissaient pas ou n'aimaient pas Jésus- Christ. Les hommes imparfaits sont bien différents; ils oublient aujourd'hui ce qu'ils étaient hier et n'ont que des sentiments aigres envers les pauvres pécheurs. On parlait un jour à notre ami d'un officier qui s'était permis sur la religion des paroles bien équivoques ; il dit avec une douce pitié, en faisant allusion à sa conduite privée dont il était particulièrement instruit : a Cet officier
(1) Une des pratiques des associés est de bénir le nom adorable de Dieu quand ils l'entendent blasphémer, ou quand ils voient violer le jour du dimanche.
a est malheureux, bien malheureux. » Un autre jour, M. de Joannis lui apprenant la mort subite d'un officier de marine, il dit : « C'est le second « de ma promotion qui meurt ainsi. 0 mon Dieu, a pourrai-je assez vous remercier de la bonté in- « finie que vous avez eue de me ramener à vous?»
Marceau profitait souvent des occasions qui lui étaient offertes pour s'accuser publiquement de son ancienne irréligion, afin de rendre à Dieu par le repentir la gloire qu'il lui avait ravie par son impiété. «Un jour, dit l'abbé Mullois, le brave « et pieux officier se trouvait à Paris dans une a réunion d'ouvriers, où il ne manquait ni mé- « créants ni mauvaises têtes. Il voulut bien leur « adresser quelques paroles; l'impression fut a profonde. « Mes amis, leur dit-il, il y a sans « doute, parmi vous, des hommes qui ne sont « pas chrétiens, qui n'aiment pas la religion. Eh « bien ! sachez-le, j'ai été impie comme vous; nul « plusque moi n'a détesté le christianisme ;maisje o dois lui rendre cette justice, quêtant que je n'ai « pas été chrétien, j'ai été malheureux, profon-
« dément malheureux Je n'ai pas vécu jusque-
« là; non, ce n'était pas vivre; je m'agitais, ou a plutôt mes passions me poussaient, me tiraient, « m'entraînaient ; mais je ne vivais pas... Non, je « n'étais pas un homme... J'étais une machine. »
La pensée de ce que Dieu avait fait pour lui le poursuivait sans cesse. « Ah ! que le Seigneur